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La Birmanie organise des élections après cinq ans de guerre civile
La junte birmane organise à partir de dimanche des élections législatives qu'elle présente comme une étape vers la réconciliation, près de cinq ans après s'être emparée du pouvoir et avoir déclenché une guerre civile.
L'ancienne cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi est en prison depuis le coup d'état militaire de février 2021, qui a mis fin à l'expérience démocratique d'une décennie dans le pays.
De nombreux pays, ainsi que l'ONU, ont critiqué le processus électoral, vu comme une tentative de la junte de redorer son blason. L'élection, sur trois tours, doit s'étaler pendant un mois, et a été précédée par une vague de répression de tout semblant d'opposition.
La Birmanie, qui compte quelque 50 millions d'habitants, est aux prises avec une guerre civile meurtrière et le scrutin ne se tiendra pas dans les zones contrôlées par les rebelles.
"Les militaires essaient juste de légaliser le pouvoir qu'ils ont pris par la force", a déclaré à l'AFP un habitant de la ville de Myitkyina, dans le nord. "Presque personne ne s'intéresse à cette élection. Mais certains craignent d'avoir des problèmes s'ils s'abstiennent".
Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, n'a pas répondu aux demandes d'entretien de l'AFP. Mais dans les médias d'Etat, il présente le scrutin comme une chance de réconciliation, tout en admettant que l'armée "continuera à jouer un rôle dans la conduite politique du pays".
- Aung San Suu Kyi emprisonnée -
L'armée a dirigé la Birmanie depuis son indépendance, à part pendant un interlude démocratique entre 2011 et 2021, suscitant une vague de réformes et d'optimisme pour l'avenir du pays.
Mais quand la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi a largement devancé les candidats proches des militaires aux élections de 2020, le général Min Aung Hlaing s'est emparé du pouvoir, invoquant une fraude électorale généralisée.
Aung San Suu Kyi purge une peine de 27 ans de prison pour plusieurs condamnations, allant de la corruption à la violation de règles anti-Covid.
"Je ne pense pas qu'elle considérerait ces élections comme significatives, pas du tout", a déclaré son fils Kim Aris depuis la Grande-Bretagne.
Le parti de la lauréate du prix Nobel de la paix a été dissous, comme la plupart de ceux qui avaient participé au scrutin de 2020.
Le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (USDP), favorable aux militaires, représente plus d'un cinquième des candidats, selon le réseau Asian Network for Free Elections.
La junte a annoncé poursuivre plus de 200 personnes pour avoir "tenté de saboter le processus électoral", ciblant toute manifestation ou critique sur le scrutin, dans un pays qui compte environ 22.000 prisonniers politiques au total, selon l'Association birmane d'assistance aux prisonniers politiques.
- Vote contesté -
Après le coup d'Etat, de nombreux opposants pro-démocratie sont partis combattre dans des guérillas aux côtés de groupes ethniques armés.
La junte mène depuis plusieurs mois une offensive militaire pour conquérir davantage de terrain avant les élections, mais reconnaît que le vote ne sera pas possible dans une circonscription sur sept.
"Il existe de nombreuses façons de faire la paix dans le pays, mais ils ne les ont pas choisies (...) Ils ont préféré organiser des élections à la place", a observé Zaw Tun, un officier de la Force de défense du peuple pro-démocratie dans la région de Sagaing. "Nous continuerons à nous battre".
Selon le groupe de surveillance Armed Conflict Location & Data (ACLED), qui recense les faits de violence rapportés par les médias, 90.000 personnes ont été tuées en Birmanie, tous camps confondus.
La guerre civile a aussi fait 3,6 millions de déplacés, tandis que la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon l'ONU.
"Je ne pense pas que quiconque croie que ces élections contribueront à résoudre les problèmes de la Birmanie", a déclaré le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.
F.Fehr--VB