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La pierre de Jérusalem, "or blanc" de Cisjordanie, résiste à la crise, difficilement
Les carrières de la mythique pierre de Jérusalem continuent de tourner en Cisjordanie, malgré le marasme de l'économie palestinienne, mais l'"or blanc" fait face à de nombreux défis.
"Ici, c'est considéré comme la source de revenus principale de toute la région", explique Faraj al-Atrash, exploitant d'une carrière de Beit Fajjar, près d'Hébron, dans le sud du territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.
Dans un paysage littéralement lunaire, quelques ouvriers s'activent dans une enfilade de sites d'extraction qui s'étend à perte de vue. Partout, la pierre de calcaire est dévorée par les machines.
"Mais notre gagne-pain est constamment menacé", poursuit le quinquagénaire, "et ces derniers temps, j'ai l'impression que l'occupation (Israël, NDLR) s'est mise à nous combattre sur le front économique".
M. al-Atrash dit avoir "peur" des confiscations d'équipements industriels, de l'accroissement des colonies israéliennes, mais aussi de la crise financière palestinienne.
La guerre de Gaza entre Israël et le Hamas déclenchée par l'attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien le 7 octobre 2023 a porté un coup sévère à l'économie déjà mal en point des Territoires palestiniens occupés, qui traversent "actuellement la crise économique la plus grave jamais enregistrée", selon un récent rapport onusien.
"Il y a ces problèmes de débouchés commerciaux car on exportait la majeure partie des pierres vers Israël, et après le 7-Octobre, on a rencontré des difficultés", explique Ibrahim Jaradat, dont la famille possède une carrière depuis plus de 40 ans, près de Saïr, dans les environs de Hébron.
- 300 carrières -
Alors que l'Autorité palestinienne, qui exerce un pouvoir limité sur des portions de la Cisjordanie, est au bord de la banqueroute, les services publics fonctionnent plus mal que jamais, décrit-il, en ajoutant que ses coûts fixes (eau, électricité...) ont explosé.
Les carrières et la taille de pierre représentent environ 25% des revenus du secteur industriel palestinien, 4,5% du PIB, emploient près de 20.000 personnes, avec environ 65% des exportations destinées au marché israélien, selon la Chambre de commerce d'Hébron.
Plusieurs municipalités israéliennes exigent l'emploi de la "pierre de Jérusalem", variété de calcaire qui compte plusieurs sous-appellations, pour délivrer des permis de construire.
"Les personnes qui nous achètent les pierres pour les revendre à des chantiers sont le plus souvent israéliens", décrit Abou Walid Riyad Ghaith, un exploitant âgé de 65 ans.
Il déplore un manque de solidarité de la part des pays arabes qui selon lui n'achètent pas assez de cette pierre mythique qu'on retrouve pourtant partout dans le monde, du Golfe aux Etats-Unis, tant elle est emblématique de la ville considérée comme sainte par les trois religions monothéistes.
Et d'autres menaces pèsent sur le secteur.
La plupart des quelque 300 carrières de Cisjordanie se situe en zone C, partie de la Cisjordanie sous contrôle total des autorités israéliennes.
"C'est ici que c'est le plus difficile, il y a beaucoup de colons qui passent ici, et si Israël annexe la Palestine, ça commencera par ces zones-ci", dit un exploitant, sous couvert d'anonymat.
- "Or blanc" -
Certains membres du gouvernement israélien, l'un des plus à droite de l'histoire du pays, évoquent ouvertement un projet d'annexion de la Cisjordanie, et malgré les mises en garde du président américain qui s'y est opposé, les colonies, régulièrement condamnées aux Nations unies comme illégales au regard du droit international, ont enregistré en 2025 une croissance record, selon un récent rapport onusien.
"Pour moi, le 7-Octobre est venu de Gaza, mais c'est la Cisjordanie qui en paie le prix", dit M. al-Atrash.
"On se tue à la tâche", décrit l'entrepreneur en montrant ses dix ouvriers aller et venir dans de monumentales fosses où des bourrasques de poussière leur donne des allures de bonhommes de neige.
Dans l'exploitation voisine, un ancien professeur de géographie, ne percevant plus son salaire comme de nombreux fonctionnaires, en raison de la crise budgétaire de l'Autorité, s'est reconverti en journalier dans le seul secteur qui emploie de la région. Travaillant sans masque, il est à la peine, clignant des yeux, toussant.
Des ouvriers auxquels a parlé l'AFP ont dit souffrir du dos, des yeux, de la gorge.
"On appelle ça de l'or blanc", note Laith Derriyeh, employé chez un tailleur de pierre, "car cela rapporte d'importantes sommes d'argent normalement, mais aujourd'hui, tout est compliqué, c'est très difficile de penser à l'avenir".
"Les gens n'ont plus d'argent et ceux qui en ont, ils ne veulent pas constuire, ils ont peur", ajoute-t-il, "ce n'est plus de l'or blanc en fait, c'est de l'or gris".
T.Suter--VB