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Un an après la chute d'Assad, le président Chareh s'engage à promouvoir la "coexistence" et la justice
Le président syrien, Ahmad al-Chareh, s'est engagé lundi à faire prévaloir la "coexistence" et la justice, dans un discours marquant le premier anniversaire de la chute de Bachar al-Assad, célébré dans les rues par des dizaines de milliers de Syriens.
Feux d'artifice, prières et drapeaux, l'atmosphère était joyeuse dans les rues de Damas, envahies, comme dans d'autres villes, par une foule agitant les couleurs syriennes.
"Aujourd'hui, à l'aube de la liberté, nous déclarons (...) un abandon définitif de l'ère du despotisme et de la tyrannie, inaugurant une nouvelle aube radieuse, fondée sur la justice, la bienveillance et la coexistence", a déclaré M. Chareh, un ancien jihadiste, dans un discours devant un parterre d'officiels.
"Nous réaffirmons notre engagement envers le principe de justice transitionnelle afin de garantir que tous ceux qui ont violé la loi et commis des crimes contre le peuple syrien rendent des comptes", a-t-il ajouté.
La transition en cours dans ce pays multiethnique et multiconfessionnel, qui émerge de 14 ans de guerre civile, a été marquée par de sanglantes violences intercommunautaires dans les régions des minorités druze et alaouite.
Des dizaines de milliers de personnes restent aussi portées disparues, leurs proches réclamant justice pour les atrocités commises sous le pouvoir d'Assad.
Dans le même temps, M. Chareh a replacé son pays sur la scène internationale, multipliant les visites dans les capitales régionales et internationales. Autrefois dans le collimateur de Washington, il a même été chaleureusement reçu en novembre par le président américain Donald Trump.
- "Miracle" -
Après des années de guerre civile et de crise économique, le quotidien reste difficile et les coupures d'électricité fréquentes, mais "le plus important pour moi est la paix civile et la sécurité", ajoute-t-il en immortalisant ce moment de liesse.
Ghaith Tarbin, un travailleur humanitaire de 50 ans, espère que le gouvernement va se concentrer sur les questions intérieures, et "donner la priorité à la paix civile".
Le 27 novembre 2024, une coalition de rebelles menés par des islamistes radicaux avait lancé une offensive éclair depuis le nord-ouest de la Syrie, avant de gagner Damas le 8 décembre.
Leur chef, qui a rompu avec son passé jihadiste avant de devenir dans la foulée président par intérim, reste confronté aux défis de restaurer la confiance, unifier le pays et y garantir la sécurité.
"La phase actuelle exige que tous les citoyens unissent leurs efforts pour bâtir une Syrie forte, consolider sa stabilité, préserver sa souveraineté", avait plus tôt déclaré le dirigeant de 43 ans, après la prière du matin à la mosquée des Omeyyades.
En uniforme militaire comme à son entrée dans Damas un an plus tôt, il a salué "les sacrifices et l'héroïsme des combattants" ayant renversé l'ex-président.
Aux côtés de plusieurs ministres, il a ensuite assisté à un défilé militaire, survolé par des hélicoptères.
Dimanche, la Commission internationale indépendante d'enquête sur la Syrie des Nations unies a félicité Damas pour les mesures prises jusqu'à présent mais déploré que des violences intercommunautaires aient causé de nouveaux déplacements de population et une polarisation du pays.
Déclenchée par la répression d'un soulèvement prodémocratie en 2011, la guerre civile a fait plus de 500.000 morts et déplacé près de la moitié de la population.
La Banque mondiale estime que la reconstruction pourrait coûter jusqu'à 216 milliards de dollars.
- "Panser des divisions profondes" -
Cet anniversaire est "l'occasion de reconstruire des communautés brisées et de panser des divisions profondes", a souligné le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.
Les célébrations sont cependant marquées par le boycott lancé samedi par un chef spirituel alaouite, Ghazal Ghazal, pour protester contre un nouveau régime "oppressif". Depuis la destitution d'Assad, lui-même alaouite, cette minorité est la cible d'attaques.
En réponse à cet appel, des magasins étaient fermés lundi dans la ville côtière de Jableh et ses environs, a rapporté un correspondant de l'AFP.
L'administration kurde, qui contrôle une grande partie du nord et du nord-est de la Syrie, a de son côté annoncé l'interdiction de rassemblements et d'événements publics lundi "en raison de la situation sécuritaire actuelle".
Elle avait accepté en mars d'intégrer ses troupes et ses institutions au pouvoir central dans un délai d'un an mais les négociations sont actuellement dans l'impasse.
D.Schaer--VB