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Au Kirghizstan, fin des législatives anticipées sans réelle opposition
Le Kirghizstan a voté dimanche lors de législatives anticipées dans cette ex-république soviétique d'Asie centrale, dont la vie politique était la plus démocratique et turbulente de la région jusqu'à l'arrivée au pouvoir en 2020 du président Sadyr Japarov, qui a marginalisé ses opposants.
Les bureaux de vote ont fermé à 14H00 GMT, a constaté l'AFP à Bichkek, la capitale de ce pays très montagneux allié de la Russie et où la Chine renforce son influence.
Selon les dernières données de la Commission électorale publiées une heure avant la fermeture des bureaux, 34,31% des quelque 4,3 millions d'électeurs ont participé pour élire 90 députés, dont au moins 30 femmes, parmi les 467 candidats.
Les résultats seront difficilement lisibles car la quasi-totalité des candidats sont sans étiquette. Les partis politiques ont de facto été empêchés de présenter des listes après des mesures voulues par le dirigeant Sadyr Japarov afin de renforcer le pouvoir exécutif au détriment du Parlement.
Avant même la fin du vote, le président du Kazakhstan voisin, Kassym-Jomart Tokaïev, a félicité M. Japarov pour "ces élections législatives (qui) ont reflété le soutien populaire à votre politique de construction d'un État fort et prospère".
Longtemps considéré comme le pays le plus ouvert dans une région dominée par les régimes autoritaires, le Kirghizstan a connu trois révolutions depuis son indépendance de l'URSS en 1991 (2005, 2010, 2020), la dernière ayant porté au pouvoir le président Sadyr Japarov.
"Désormais, vous ne verrez des coups d'État que dans vos rêves", avait lancé début novembre M. Japarov, qui a aussi assuré "être certain de l'emporter avec 90% des voix" s'il se présentait à la présidentielle de 2027.
Sous M. Japarov, qui met en avant des progrès économiques, plusieurs ONG dénoncent une dégradation de la liberté d'expression et de la presse.
A quelques jours du scrutin, dix opposants ont été arrêtés, s'ajoutant à la longue liste de personnalités politiques ou journalistes accusés de tentatives de coups d'État.
- Sans partis -
Dimanche, le dirigeant s'est félicité de l'automatisation du vote.
"Les trois coups d'État (...) étaient tous liés à des élections, présidentielles ou législatives. C'est pourquoi nous avons automatisé le processus autant que possible et cherché à éliminer au maximum le facteur humain", a déclaré M. Japarov.
Le pays compte officiellement 329 partis mais un seul - pro-Japarov - a participé aux législatives, contre 16 en 2020, en raison d'une modification du système électoral voulue par le président, qui affaiblit leur rôle.
"Là où il n'y a pas de partis forts, où les électeurs votent en fonction de l'identité des candidats, cela ne conduit à aucun développement politique", estime auprès de l'AFP Emil Djouraïev, professeur à l'académie de l'OSCE à Bichkek.
"Sans force ou mécanisme d'organisation systémique, comme celui que représente un parti politique", il est plus compliqué pour la société de "s'organiser", "débattre" et "mobiliser des citoyens autour de différentes visions pour le développement du pays", selon le politologue.
Dans le futur Parlement, "la domination idéologique de l'équipe présidentielle rend très improbable l'émergence de visions alternatives parmi les députés, et surtout leur organisation en groupes", estime M. Djouraïev.
"Cela conduit à un renforcement du pouvoir présidentiel au Kirghizstan. Car le Parlement, en tant que contrepoids, est réduit, sinon à néant, du moins à un rôle très limité", d'après l'expert.
- Migration en Russie -
Environ deux tiers des quelque 7 millions de Kirghiz ont moins de 35 ans et n'ont pas connu l'Union soviétique.
Les liens avec l'ancienne puissance coloniale russe sont cependant toujours forts, malgré une nette affirmation de l'identité locale: le russe y est langue officielle et le Kirghizstan reste un proche allié du Kremlin.
Économiquement, les envois de fonds des centaines de milliers de Kirghiz travaillant en Russie représentent environ un quart du PIB, selon la Banque mondiale.
"Au Kirghizstan, à cause des bas salaires, tout le monde émigre. Les autorités devraient essayer de les augmenter. Il faudrait construire des usines pour créer des emplois et alors ce sera possible de travailler ici", a déclaré à l'AFP Daniel Medetbek Ououlou, étudiant de 20 ans.
G.Frei--VB