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Près de Jérusalem, une localité palestinienne asphyxiée par un projet de colonisation
Dans la rue principale d'al-Eizariya, localité proche de Jérusalem, de plus en plus de commerçants reçoivent des avis de démolition après l'adoption par Israël d'un nouveau projet de colonisation dans cette partie du territoire palestinien.
"C'est un projet de destruction totale, de l'économie, de la vie des gens", déplore Yahya Abou Ghalia, un entrepreneur dont la maison a été rasée cet été par Israël et dont la station de lavage automobile est visée à son tour.
Les autorités israéliennes avancent que les bâtiments ont été construits sans permis, des sésames que les riverains palestiniens disent presque impossibles à décrocher.
Selon eux, il s'agit plutôt de mettre en oeuvre le projet E1, un programme de colonisation approuvé en août par Israël et qui traverse leur ville, la Béthanie de la tradition chrétienne, qui y situe la résurrection de Lazare par Jésus.
Dénoncé par l'ONU et plusieurs dirigeants internationaux, E1 prévoit la construction d'environ 3.400 logements sur une zone de 12 kilomètres carrés à l'est de Jérusalem, entre la colonie de Maale Adoumim et Jérusalem-Est.
Maale Adoumim est l'une des plus importantes communes israéliennes de la Cisjordanie occupée, des colonies illégales selon le droit international.
En la rattachant à Jérusalem, le projet E1 séparerait Jérusalem-Est - occupée et annexée depuis 1967 et majoritairement habitée par des Palestiniens - de la Cisjordanie, que certains ministres israéliens souhaitent annexer.
Selon ses détracteurs, cela priverait aussi tout éventuel futur Etat palestinien de continuité territoriale.
- Entre mur et barrière -
Le cartographe Khalil al-Tafakji, l'un des responsables de la Société d'études arabes, estime qu'al-Eizariya serait ainsi repoussée à 17 kilomètres de Jérusalem, contre six actuellement.
Outre la tombe de Lazare, qui y attire pèlerins et touristes, la localité de près de 22.000 habitants est pour l'heure réputée pour sa rue commerçante de quatre km, fréquentée chaque jour par des milliers de chalands palestiniens, dit à l'AFP le maire, Khalil Abou al-Rish.
Le samedi notamment, on s'y presse parfois de loin pour acheter tenues de mariage, vaisselle ou confiseries, observe une journaliste de l'AFP.
Bordée d'un côté par le mur de séparation construit par Israël dans les années 2000, la commune a vu apparaître un nouveau verrou à son autre extrémité: une barrière jaune, comme les autorités israéliennes en ont installé en Cisjordanie, et qui paralysent le territoire palestinien, depuis l'attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023 qui a déclenché la guerre à Gaza.
Mi-septembre, un camion-grue a posé la structure métallique sur des blocs de ciment, devant des habitants dépités.
Le maire craint désormais la disparition du demi-million de visiteurs que la tombe de Lazare attire selon lui chaque année.
Aucune déclaration officielle israélienne ne fait le lien entre E1 et les ordres de démolition, souligne Aviv Tatarsky, chercheur à l'ONG israélienne anti-colonisation Ir Amim.
Il est toutefois clair pour lui qu'Israël souhaite "prendre les terres de la zone C" - où se situent les bâtiments visés -, "cherche à augmenter le nombre de colons et à évacuer les communautés palestiniennes".
Selon la classification des accords d'Oslo signés entre Israël et l'Autorité palestinienne, la zone C est la partie de Cisjordanie où Israël exerce son autorité.
- "Terre palestinienne" -
Sollicitées par l'AFP, les autorités israéliennes ont déclaré "avoir émis des ordres de démolition visant plusieurs bâtiments illégaux construits dans une zone non autorisée et constituant une menace pour la sécurité de la région".
"C'est comme si la société palestinienne était du bétail", se désole M. Abou Ghalia, les Israéliens "ne se soucient pas de savoir si je vais finir par dormir dehors".
"Ils s'en prennent à notre gagne-pain et celui de nos enfants", poursuit ce père de cinq enfants qui emploie cinq personnes. "Je suis ici depuis dix ans, nous avons acquis une clientèle, comment peuvent-ils me demander de partir?".
Un peu plus loin, Naji Assakra assure avoir aussi reçu un avis de démolition pour son atelier métallurgique qui "fait vivre six familles".
Et ils ne sont pas les seuls concernés. E1 va "déplacer plus de 24 communautés bédouines palestiniennes, toutes dépendantes de l'élevage", avertit Mohammed Matar, un responsable de l'Autorité palestinienne chargé de lutter contre la colonisation.
Il prédit un changement démographique majeur dans la zone, en faveur des colons israéliens.
Un tribunal israélien a rejeté un recours d'ONG israéliennes contre le projet E1, mais quoi qu'il advienne, M. Abou Ghalia a prévu de rester: "je n'ai pas l'intention de partir, c'est notre terre, une terre palestinienne".
G.Frei--VB