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Carrefour disparaît de certains pays arabes, le mouvement de boycott revendique une victoire
Carrefour a disparu dans plusieurs pays arabes ces derniers mois, des fermetures revendiquées comme une victoire par des consommateurs et militants propalestiniens qui boycottent l'enseigne française depuis le début de la guerre à Gaza.
Le géant français de la grande distribution est depuis longtemps dans le collimateur des soutiens de la cause palestinienne qui l'accusent d'avoir des liens avec des entreprises israéliennes opérant dans les colonies en Cisjordanie occupée.
Son PDG Alexandre Bompard a lui affirmé en mai "la stricte neutralité" du groupe et assuré "qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais de magasins Carrefour dans un territoire occupé".
Mais depuis un an, le franchisé de Carrefour au Moyen-Orient, le groupe Majid Al Futtaim a fermé la chaîne en Jordanie, à Oman, au Koweït et à Bahreïn, et l'a remplacée par sa propre marque, HyperMax, en invoquant "une demande croissante pour des produits et services locaux".
Ce groupe émirati, qui continue d'opérer Carrefour dans d'autres pays comme en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, n'a pas cité explicitement le boycott comme raison de cette décision, et les experts sont partagés quant aux causes de ce repositionnement.
Mais à Bahreïn, Houda Ahmed y voit le résultat de la désaffection des consommateurs pour des sociétés perçues comme soutenant Israël, en raison de la guerre à Gaza.
"Je suis heureuse qu'Al-Futtaim ait écouté ses clients et se soit désengagé de la marque. On ne peut pas continuer à faire comme si de rien n'était alors qu'un génocide se déroule à nos portes", dit cette mère de famille de 45 ans, en sortant du supermarché rebaptisé Hypermax à Manama.
"L'entreprise mérite d'être félicitée pour cette décision", insiste-t-elle.
- Recentrage des activités -
Le mouvement BDS, "Boycott, désinvestissement, sanctions contre Israël" accuse Carrefour de "tirer profit" des colonies israéliennes, jugées illégales par l'ONU, à travers son partenariat de franchise avec le groupe israélien Electra Consumer Products et sa filiale Yenot Bitan. Il a également accusé le géant français de vendre des produits provenant des colonies.
Le mouvement BDS soutient aussi que Carrefour-Israël a soutenu directement l'armée israélienne à Gaza, en offrant des colis personnels à des soldats engagés dans l'offensive.
A Bahreïn, le disparition de l'enseigne est une "grande victoire" pour le mouvement, dit l'un de ses représentants à Bahreïn, le militant Ghassan Nasaif. "C'est exactement ce que nous demandions au groupe (Majid) Al Futtaim".
Comme dans la plupart des pays arabes, l'opinion publique dans la monarchie du Golfe est largement acquise à la cause palestinienne, même si Manama a normalisé ses relations avec Israël en 2020.
Un employé du supermarché Hypermax, qui a requis l'anonymat, affirme à l'AFP que la fréquentation du magasin Carrefour dans lequel il travaillait jusque-là a chuté au cours des 18 derniers mois.
"Presque tous nos clients avaient cessé de venir", dit-il. Depuis le changement d'enseigne, "je vois davantage de clients", en particulier des Bahreïnis et ressortissants d'autres pays arabes.
Selon l'analyste M. R. Raghu, à la tête de Marmore Mena Intelligence, une filiale de Kuwait Financial Centre, les fermetures des enseignes Carrefour dans la région s'inscrivent toutefois dans un contexte plus large de recentrage géographique des activités du distributeur français en raison de la "détérioration de sa santé financière", qui l'a conduit à quitter certains pays.
- "Pas d'autres armes" -
Le groupe Majid Al Futtaim, qui exploite plusieurs chaines de supermarchés dans 14 pays, a fait état d'une chute des revenus de son activité de distribution de 10% en 2024, en citant "l'impact des tensions géopolitiques sur le moral des consommateurs", entre autres facteurs.
Au premier semestre 2025, les revenus de cette activité étaient en baisse de 1% en rythme annuel.
La demande des consommateurs étant forte et en hausse dans le Golfe, le changement d'enseigne "semble indiquer des préoccupations liées au boycott de la marque", estime l'économiste Justin Alexandre.
Dans une région où la liberté d'expression est restreinte, les gens "n'ont pas d'autres armes que le boycott" pour se faire entendre, face à la poursuite de la guerre et l'aggravation de la crise humanitaire à Gaza, souligne pour sa part le militant koweïtien, Musab Al-Otaibi.
Un avis partagé par l'analyste Bader al-Saif, de l'université du Koweït, pour qui la fermeture de Carrefour "montre que les voix de la population du Golfe comptent".
strs-aya/saa/cm/ila/vl
T.Ziegler--VB