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Le visa américain d'un ministre brésilien révoqué, "geste irresponsable" pour Lula
Le visa américain du ministre de la Justice du Brésil a été révoqué, a annoncé mardi le président brésilien Lula, fustigeant un "geste irresponsable" des Etats-Unis en pleine bataille commerciale et diplomatique entre les deux pays.
Il s'agit d'une mesure de plus prise par Washington contre le Brésil, en représailles au procès en cours contre l'ex-président brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), jugé pour tentative de coup d'Etat.
Invoquant une supposée "chasse aux sorcières" contre son allié, le président américain Donald Trump a imposé une surtaxe douanière de 50% à une partie des exportations brésiliennes vers les Etats-Unis, et son administration a adopté une série de sanctions individuelles.
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a exprimé mardi sa "solidarité" envers son ministre de la Justice Ricardo Lewandowski durant une réunion ministérielle à Brasilia.
A cette occasion, la plupart des membres de son gouvernement arboraient des casquettes bleu marine avec la mention "Le Brésil appartient aux Brésiliens".
Une casquette étrennée depuis le début en juillet de la crise ouverte avec les Etats-Unis, et claire réponse à la célèbre casquette rouge frappée du slogan trumpien "Make America Great Again".
Lula a une nouvelle fois accusé le président Trump d'"agir comme s'il était l'empereur de la planète Terre".
Ces mesures "sont inacceptables, non seulement contre le ministre (Lewandowski), mais aussi contre les juges de la Cour suprême ou toute autre personnalité brésilienne", a ajouté le président brésilien.
Contactées par l'AFP, les autorités américaines ne se sont pas exprimées jusque-là sur la révocation du visa du ministre brésilien de la Justice.
- "Trahison" -
La semaine dernière, cette sanction avait été en revanche évoquée sur le réseau social X par Paulo Figueiredo, influenceur brésilien résidant aux Etats-Unis et petit-fils du dernier général ayant présidé le Brésil lors de la dictature militaire achevée en 1985.
Le duo formé par Paulo Figueiredo avec Eduardo Bolsonaro, fils de l'ex-président vivant actuellement aussi aux Etats-Unis, mène un efficace lobbying contre les autorités brésiliennes auprès de l'administration américaine.
"C'est peut-être une des pires trahisons jamais subies par une patrie", a lancé Lula mardi. "Il n'y a rien de plus grave (...) qu'un fils financé par sa famille qui incite avec des mensonges et de l'hypocrisie" à des sanctions contre le Brésil, a-t-il tonné.
L'ancien président Bolsonaro est accusé d'avoir conspiré pour se maintenir au pouvoir "de façon autoritaire" malgré sa défaite électorale face à Lula en 2022. Son procès doit être bouclé d'ici la mi-septembre.
Le 20 août, la Police fédérale brésilienne a en outre recommandé l'inculpation de Jair Bolsonaro et son fils Eduardo pour entrave à ce procès, en lien avec la campagne bolsonariste menée à Washington.
En juillet, le visa d'Alexandre de Moraes, magistrat en charge du procès Bolsonaro, avait déjà été révoqué. Plusieurs autres membres de la Cour suprême ont subi la même sanction.
Le juge Moraes s'est également vu imposer des sanctions financières, Washington invoquant la loi Magnitsky, qui permet de sanctionner des personnes accusées de violation des droits humains n'importe où dans le monde.
Ces sanctions entraînent le gel des éventuels avoirs détenus par le magistrat aux Etats-Unis ainsi que l'interdiction pour des citoyens ou entreprises américaines de faire affaire avec lui. Une source à la Cour suprême brésilienne a indiqué à l'AFP qu'il ne possédait pas d'avoirs aux Etats-Unis.
Au sujet de la surtaxe punitive sur les exportations brésiliennes, Lula a réitéré que son gouvernement était "prêt à s'asseoir à la table (des négociations), d'égal à égal".
"Ce que nous pouvons pas accepter, c'est d'être traités comme des subalternes", a-t-il martelé.
T.Suter--VB