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Trump et Poutine en Alaska pour sceller le sort de l'Ukraine
Donald Trump et Vladimir Poutine se retrouvent vendredi en Alaska pour un sommet historique aux enjeux cruciaux pour l'Ukraine et la stabilité de l'Europe, après trois ans d'une guerre meurtrière.
Le président américain a décollé pour Anchorage, aux confins des Etats-Unis, où son homologue russe verra se réduire de façon spectaculaire son isolement diplomatique occidental. M. Poutine sera même accueilli par M. Trump à sa descente d'avion.
Premier concerné mais grand absent de ce rendez-vous sur une base militaire emblématique de la Guerre froide, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a de son côté déclaré "compter" sur Donald Trump pour mettre un terme au conflit dans son pays meurtri.
A bord d'Air Force One, M. Trump a mis en avant le "respect" mutuel existant entre lui et Vladimir Poutine, en assurant: "Nous nous entendons bien".
Le septuagénaire s'est vanté de savoir en "cinq minutes" maximum si sa première rencontre en personne depuis 2019 avec le président russe serait un fiasco.
Si tout se passe bien, le président américain, qui se rêve en lauréat du prix Nobel de la paix, assure que "cette rencontre va ouvrir la voie à une autre", à trois, incluant cette fois M. Zelensky. Il a laissé entendre que ce sommet tripartite pourrait se tenir très rapidement.
Mais à son arrivée à Anchorage, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, semblait plus réservé quant à l'issue de la rencontre au sommet.
"Nous ne faisons aucune prédiction", a déclaré à une télévision russe M. Lavrov, qui portait un sweat-shirt arborant l'inscription "URSS" en russe. "Notre position est claire et sans ambiguïté. Nous la présenterons", a-t-il simplement ajouté.
- Attente -
Le sommet se tiendra sur la base stratégique d'Elmendorf-Richardson, dans ce vaste territoire de l'Alaska cédé par la Russie aux Etats-Unis au XIXe siècle.
Le président ukrainien et les dirigeants européens en seront réduits à attendre que l'imprévisible président américain, comme il s'est engagé, les informe de la teneur de son tête-à-tête avec Vladimir Poutine.
Vladimir Poutine "a aujourd'hui l'occasion d'accepter un cessez-le-feu" en Ukraine, a souligné à quelques heures de la rencontre le chancelier allemand Friedrich Merz.
La réunion doit débuter vendredi vers 19H30 GMT. Le tête-à-tête des deux hommes sera suivi par un repas de travail, avec leurs conseillers.
Les présidents russe et américain donneront ensuite une conférence de presse, la première depuis une apparition commune devant les caméras en 2018 à Helsinki.
Pour Kiev et l'Europe, le pire scénario serait que Donald Trump, fasciné par l'exercice autoritaire du pouvoir de Vladimir Poutine, se laisse convaincre de redessiner la carte de l'Ukraine selon la volonté de Moscou.
- "Pas le malin" -
Le président américain ira-t-il toutefois jusqu'à agiter la menace de sanctions paralysantes contre la Russie pour arracher un cessez-le-feu et forcer Vladimir Poutine à revoir ses exigences, jugées inacceptables par Kiev ?
La Russie réclame que l'Ukraine lui cède quatre régions partiellement occupées (Donetsk, Lougansk, Zaporijjia et Kherson), en plus de la Crimée annexée en 2014, et qu'elle renonce aux livraisons d'armes occidentales et à toute adhésion à l'Otan.
Donald Trump, qui depuis l'invasion russe de février 2022 renvoie dos à dos les deux belligérants, sans jamais désigner la Russie comme l'agresseur, parle désormais de "donnant-donnant" en matière de concessions territoriales, d'"échange" ou de "partage".
Mais que peut "donner" ou "échanger" Vladimir Poutine, à l'heure où l'armée russe accélère sa progression en Ukraine, forçant les autorités ukrainiennes à évacuer des villages entiers dans la région de Donetsk (est)?
Vendredi, Volodymyr Zelensky a annoncé sur Telegram l'envoi de renforts dans l'est de l'Ukraine pour stopper les avancées russes, assurant que Moscou subissait de "lourdes pertes en tentant d'obtenir de meilleures positions politiques pour les dirigeants russes lors de la réunion en Alaska".
- "En colère" -
Si le président russe et le président américain ont une obsession commune, celle de ne jamais apparaître en position de faiblesse, leurs approches des rapports de force internationaux sont bien différentes.
Pour Donald Trump, ancien promoteur immobilier devenu célèbre grâce à une émission de téléréalité, tout est affaire de négociation rapide, de marchandage rondement mené, pour arriver à un "deal" forcément avantageux pour lui.
Là où Vladimir Poutine, ancien du KGB formé à la guerre psychologique, raisonne à long terme, évoquant le destin historique d'une "grande Russie" qu'il voudrait reconstituer.
Cette divergence de tempérament a produit une relation très particulière entre les deux hommes, faite de poussées de tension et de rapprochements spectaculaires.
A une quinzaine de kilomètres de la base militaire, dans la ville d'Anchorage, quelques centaines de manifestants se sont réunis jeudi pour afficher leur soutien à l'Ukraine.
C.Stoecklin--VB