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Syrie: Chareh retire ses troupes de Soueida pour éviter l'affrontement avec Israël
Le président intérimaire syrien Ahmad al-Chareh, disant vouloir éviter une "guerre ouverte" avec Israël, a retiré jeudi ses troupes de la ville à majorité druze de Soueida, où un photographe de l'AFP a vu au moins 15 corps gisant dans la rue.
Israël avait menacé d'intensifier ses frappes si le pouvoir syrien ne quittait pas cette province du sud de la Syrie.
Les habitants de Soueida ont découvert jeudi matin une ville sinistrée. Un correspondant de l'AFP a compté 15 cadavres gisant dans le centre de la ville, sans pouvoir indiquer s'il s'agissait de combattants ou de civils.
Les violences intercommunautaires ont fait plus de 370 morts depuis que des combats ont éclaté dimanche, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Jeudi matin, les forces gouvernementales s'étaient retirées de toute la province à majorité druze, ont indiqué l'OSDH et des témoins à l'AFP.
Des membres des forces gouvernementales ont affirmé à un correspondant de l'AFP posté aux abords de la province qu'ils avaient reçu l'ordre de se retirer peu avant minuit et avaient achevé leur redéploiement à l'aube.
Dans un discours télévisé pendant la nuit, Ahmad al-Chareh avait annoncé le transfert "à des groupes locaux" et des dignitaires religieux druzes de la responsabilité du maintien de la sécurité à Soueida.
"Nous avons donné la priorité à l'intérêt des Syriens plutôt qu'au chaos et à la destruction", a déclaré M. al-Chareh, disant avoir voulu éviter "une guerre ouverte" avec Israël dont il a condamné l'intervention.
Quelques heures plus tôt, Israël avait bombardé plusieurs cibles au coeur de Damas.
Une aile d'un bâtiment du quartier général de l'armée syrienne, contigu au ministère de la Défense, a été détruite par ces frappes, qui ont fait trois morts selon les autorités. Israël a également mené d'autres frappes aux abords du palais présidentiel et dans les environs de Damas.
- Médiation américaine -
Les premiers affrontements avaient éclaté dimanche entre des tribus bédouines sunnites et des combattants druzes, aux relations tendues depuis des décennies.
Le gouvernement syrien est alors intervenu avec l'objectif affiché de rétablir l'ordre et a déployé ses forces mardi à Soueida, jusque là contrôlée par des combattants druzes. Mais l'OSDH, des témoins et des groupes druzes l'ont accusé de combattre les druzes et fait état de nombreuses exactions.
M. Chareh a souligné que "l'intervention efficace de la médiation américaine, arabe et turque, a sauvé la région d'un sort inconnu".
Les Etats-Unis, alliés d'Israël et qui affichent leur soutien au nouveau dirigeant syrien malgré son passé jihadiste, avaient annoncé mercredi soir qu'un accord avait été conclu pour rétablir le calme en Syrie.
"Nous nous sommes mis d'accord sur des mesures spécifiques qui permettront de mettre fin à cette situation troublante et terrifiante dès ce soir", a écrit le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio sur le réseau X.
La porte-parole du département d'Etat, Tammy Bruce, avait auparavant appelé le gouvernement syrien à quitter la zone de conflit dans le sud du pays afin d'apaiser les tensions avec Israël.
- "Exécutions sommaires" -
Selon l'OSDH, parmi les morts dans les violences des derniers jours, 27 civils ont été victimes d'"exécutions sommaires" par les forces gouvernementales.
Dans son discours, le président intérimaire a promis de faire "rendre des comptes" aux auteurs d'exactions contre "notre peuple druze, qui est sous la protection et la responsabilité de l'Etat".
Il avait fait la même promesse après le massacre de centaines de membres de la communauté alaouite, dont est issu Bachar al-Assad, début mars sur le littoral syrien. Mais une commission d'enquête sur ces massacres n'a jamais rendu ses conclusions.
La communauté druze de Syrie était, avant la guerre civile, forte de quelque 700.000 personnes, présente principalement à Soueida. Cette minorité ésotérique issue d'une branche de l'islam est aussi implantée au Liban et en Israël.
A la frontière entre Israël et la Syrie, à Majdal Shams, des dizaines de personnes se sont réunies jeudi matin, là où des scènes de chaos avaient eu lieu la veille quand des centaines de druzes ont forcé cette frontière dans les deux sens.
Des jeunes hommes longeaient jeudi ce segment de la frontière en brandissant des drapeaux druzes aux cinq couleurs. Un enfant druze syrien agitait un petit drapeau israélien. Son père, qui n'a pas souhaité donner son nom, a expliqué qu'ils habitent le village voisin de Hader, en Syrie, et ont retrouvé leurs cousins à Majdal Shams, côté israélien. "On n'a pas dormi de la nuit, on n'a fait que parler", dit-il.
O.Schlaepfer--VB