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Scaf: Dassault défie Airbus malgré la médiation franco-allemande
Le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, a une nouvelle foi réclamé mercredi le leadership dans le projet de l'avion de combat européen du futur, le Scaf, défiant Airbus en pleine mission gouvernementale franco-allemande pour reconcilier les industriels d'ici fin avril.
"On se donne encore un petit peu de temps, 2-3 semaines pour essayer de trouver un accord entre Français et Allemands, entre Dassault et Airbus, pour trouver un équilibre qui permettrait de continuer le projet", a-t-il déclaré lors d'une intervention au forum Guerres et Paix organisé par le magazine Le Point.
"Je ne suis pas un homme de cogestion", a-t-il lancé alors qu'une médiation voulue par le président français Emmanuel Macron et rejointe par le chancelier allemand Friedrich Merz est en cours pour tenter de sauver le plus important projet de coopération dans le domaine de la défense européenne.
"Je ne suis pas pour qu'un projet industriel ambitieux qui va servir à nos armées soit cogéré. Il faut un chef", a-t-il poursuivi.
Dassault Aviation, qui représente la France dans ce programme, refuse depuis des mois d'être simplement l'un des "co-co-co" face à Airbus, qui agit pour le compte de l'Allemagne et de l'Espagne, dans ce projet de construction de l'avion de chasse destiné à remplacer les Rafale et Eurofighter.
"On va faire un avion qui succédera au Rafale, il faut qu'il conduise des missions et qu'il aille sur un porte-avions (...) Ce sont des conditions majeures", a insisté Eric Trappier.
- "La France sait faire" -
Il a été soutenu plus tard dans la journée par la ministre déléguée des Armées, Alice Rufo, interrogée sur le Scaf au cours d'un grand entretien au forum Guerres et paix.
"Il faut être capable de reconnaître que la France sait faire des avions de chasse, que cela marche et sert à quelque chose et que c'est plutôt demandé à l'export. Rafale est un bon avion", a-t-elle déclaré en soulignant que la France avait un porte-avions et besoin de chasseurs performants pour assurer la dissuasion nucléaire.
Elle a également estimé qu'il fallait "un travail de reconvergence" sur ce projet dans un monde qui a profondément changé après la guerre en Ukraine.
"Le Scaf a été lancé à une époque où il n'y avait pas la guerre en Ukraine (...), on était encore dans un état d'esprit où il y avait en Europe l'idée des dividendes de la paix", a-t-elle souligné.
Alice Rufo a toutefois mis en garde contre une solution à deux avions, évoquée à plusieurs reprises par industriels et politiques allemands au début de l'année.
"Si on fait tous la même chose, tout seuls, on va dépendre des autres, à un moment donné. Et surtout, on ne va pas être compétitifs à l'extérieur", a-t-elle souligné.
- Achats européens de F-35 -
"Rafale, on l'a fait tout seul, on sait faire tout seul et Eurofighter, ils l'ont fait à quatre", a ajouté M. Trappier, en faisant référence au Royaume-Uni ainsi qu'à l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne.
"Sur ces quatre pays, trois ont acheté des F-35" américains, a-t-il dit, en se demandant si cette situation avait "contribué à l'Europe de la défense".
Le 19 mars, le président français Emmanuel Macron avait annoncé qu'il avait décidé avec le chancelier allemand Friedrich Merz de lancer une "mission de rapprochement" pour tenter de réconcilier Airbus et Dassault.
M. Merz s'est dit vendredi déterminé à sauver le Scaf avec la France, tout en admettant qu'il avait failli abandonner ce projet en difficulté.
Le programme Scaf a été lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, alors chancelière. L'Espagne avait rejoint ce programme plus tard.
Il est considéré comme un symbole de la coopération en matière de défense et de sécurité entre la France et l'Allemagne, les deux puissances européennes cherchant à présenter un front uni face à une Russie hostile et à un engagement américain de plus en plus hésitant en matière de sécurité européenne.
L.Wyss--VB