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La France affiche une croissance terne début 2025
L'activité économique française a progressé de 0,1% au premier trimestre, une évolution sans éclat entre durcissement budgétaire et fortes incertitudes commerciales, annonçant selon le ministre français de l'Economie "un combat" pour atteindre la prévision de croissance annuelle du gouvernement.
Après une contraction de 0,1% au quatrième trimestre 2024, "on pourrait se réjouir du léger rebond de la croissance française. Mais la plupart des composantes du PIB affichent des évolutions négatives", a commenté Sylvain Bersinger, chef économiste chez Asterès dans une note.
Malgré cet environnement difficile et une performance inférieure à celles de l'Allemagne (+0,2%), l'Italie (0,3%) ou l'Espagne (+0,6%), le ministre français de l'Economie Eric Lombard a maintenu la prévision de croissance de 0,7% pour la France en 2025, tout en concédant sur Sud Radio que cela serait "un combat".
Pilier traditionnel de la croissance française, la consommation des ménages a stagné en dépit du repli marqué de l'inflation, à +0,8% sur un an en avril, qui leur redonne du pouvoir d'achat.
Or, "c'est vraiment le moteur sur lequel on espère un redémarrage de la croissance", a souligné Maxime Darmet, économiste senior chez Allianz Trade, auprès de l'AFP. Outre "le rôle des politiques économiques, il y a aussi un climat d'incertitude, les ménages s'attendant à une remontée du chômage".
- Maîtrise des dépenses -
La consommation publique, qui avait soutenu la croissance en 2024, a fortement ralenti (0,1%): "on commence à voir un début de consolidation budgétaire", selon l'économiste.
Les dépenses publiques ont été restreintes pendant six semaines par une loi spéciale, le temps qu'un budget soit adopté mi-février après la chute du précédent gouvernement dans un paysage politique instable. En sus, le gouvernement français prévoit une cinquantaine de milliards d'euros de baisse des dépenses et hausse des prélèvements en 2025 pour assainir des finances publiques très dégradées.
La France affiche le pire déficit public de la zone euro pour 2024, à 5,8%. Le gouvernement entend le ramener à 5,4% puis sous le plafond européen de 3% en 2029. Son endettement (113% du PIB) est le troisième plus lourd après la Grèce et l'Italie.
Un nouvel effort de 40 milliards est annoncé pour 2026, qui reposera prioritairement sur la maîtrise des dépenses, a indiqué Eric Lombard. Supprimer l'abattement fiscal de 10% des pensions de retraite? Renoncer à l'indexation de celles-ci sur l'inflation? Limiter le recrutement de fonctionnaires? Rationaliser les niches fiscales? Des propositions seront présentées en juillet par le Premier ministre François Bayrou, a-t-il rappelé.
Il a en revanche exclu d'augmenter les impôts ou d'en créer de nouveaux, même au niveau local. Le ministre de l'Aménagement du territoire François Rebsamen avait évoqué dimanche l'éventuelle instauration d'une "contribution modeste" pour financer les services publics des communes, au vu de la suppression de la taxe d'habitation sur la résidence principale.
Entre janvier et mars, les investissements des entreprises, ménages et administrations publiques sont en berne également (-0,2%). La construction et les biens manufacturés ont particulièrement souffert, "ces derniers étant très sensibles à la montée de l'incertitude commerciale", a pointé Maxime Darmet.
- "Compliqué" -
L'offensive protectionniste du président américain Donald Trump s'est traduite pour l'instant par une application de droits de douane de 10% aux importations de biens provenant d'Europe. Des discussions sont en cours pour essayer d'éviter qu'ils ne soient relevés davantage, mais jeudi à Washington, Eric Lombard avait estimé un accord "encore loin".
La contribution du commerce extérieur est également négative (-0,4 point), à l'inverse de celle des variations de stocks (+0,5 point).
Pour tenir son objectif de déficit en 2025, le gouvernement a aussi acté samedi 3,1 milliards d'euros d'annulations de crédits, excluant un projet de loi de finances rectificatif réclamé par des partis d'opposition. Une "nouvelle coupe" qui, selon le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Eric Coquerel (La France insoumise, gauche radicale), "devrait avoir un effet récessif".
Dans cet environnement chahuté, atteindre 0,7% de croissance en 2025 reste "atteignable" mais de plus en plus "compliqué", a estimé Maxime Darmet.
Son confrère Sylvain Bersinger identifie toutefois comme facteurs de soutien à l'activité "la baisse des taux d’intérêt, du prix des matières premières et la relance budgétaire allemande".
K.Sutter--VB