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Elisabeth Borne, Première ministre du "devoir accompli"
Elisabeth Borne a remis la démission de son gouvernement lundi au terme de 20 mois de loyaux services à Matignon, Première ministre au sentiment du "devoir accompli" malgré les turbulences politiques générées par l'absence de majorité à l'Assemblée nationale.
Discrète, parfois austère à l'excès, souvent une cigarette électronique à la bouche, l'ancienne préfète de 62 ans est la deuxième femme à occuper ce poste. Elle y aura largement dépassé le mandat (10 mois et 18 jours) de sa prédécesseure Edith Cresson, nommée il y a plus de trente ans.
Mais cette femme réputée techno et sans affect, voire manquant d'empathie, a peiné à établir une connexion avec les Français et a connu des dissensions avec le président.
Privée de majorité absolue, elle aura été surtout plusieurs fois fragilisée rue de Varenne, où elle avait planté à son arrivée un chêne vert au feuillage persistant.
D'abord en déclenchant une vingtaine de 49.3 pour permettre l'adoption sans vote des textes budgétaires. Dans l'indifférence générale, à l'exception de la réforme des retraites, pour laquelle elle échappe à la censure à seulement neuf voix.
S'en suit une feuille de route qu'elle observe à la lettre après des mésententes avec le président de la République qui s'agace mais finalement la maintient à son poste.
Sur la loi immigration, rejetée par l'Assemblée avant d'être adoptée avec le soutien de la droite et de l'extrême droite, sa majorité se fracture et le ministre de la Santé Aurélien Rousseau démissionne.
- "Faiblesse politique" -
L'ancienne conseillère de Lionel Jospin, qui se définit comme "une femme de gauche" animée par "la justice sociale et l'égalité des chances", aura mangé son chapeau pendant son mandat à Matignon: obligée de composer avec la droite pour faire passer des textes, sans y parvenir sur les retraites et moyennant un net durcissement sur l'immigration.
Lors de son discours de politique générale en juillet 2022, elle s'était pourtant présentée en "infatigable bâtisseuse" de "majorités de projet".
"Une majorité relative n’est pas, et ne sera pas, le synonyme d’une action relative", avait-elle insisté. Aujourd'hui, elle peut se prévaloir d'une soixantaine de textes adoptés sans recours au 49.3, dont 24 projets de loi.
Beaucoup dans la majorité admettent, comme cette députée Renaissance, qu'Elisabeth Borne a été "sérieuse et bosseuse mais qu'elle n’incarne(ait) pas", pointant une "faiblesse politique".
"On ne peut pas lui faire un procès en déloyauté, mais un procès en manque de lucidité", avance un proche d'Emmanuel Macron qui raconte qu'elle est longtemps restée convaincue que Marine Le Pen ne voterait pas le texte sur l'immigration.
Trois fois ministre aux Transports, à l'Ecologie et au Travail, elle avait dédié sa nomination à Matignon en mai 2022 "à toutes les petites filles": "Allez au bout de vos rêves".
Jamais élue auparavant, elle devient députée du Calvados le mois suivant.
- "Opiniâtreté" -
Une réussite exceptionnelle pour cette femme, née Bornstein, dont la vie a basculé avec le suicide, quand elle avait 11 ans, de son père, un ancien résistant de confession juive qui ne s'était jamais remis de la déportation.
Elle raconte s'être alors "plongée dans les maths", qui la rassurent et l'amènent à Polytechnique, une prestigieuse école d'ingénieurs, comme "pupille de la nation" (subventionnée par l'Etat), sa mère n'ayant pas de ressources.
Née le 18 avril 1961 à Paris, cette ingénieure qui fut aussi préfète de la région Poitou-Charentes en 2013 et présidente de la RATP de 2015 à 2017, est réputée bien connaître ses dossiers.
Divorcée et mère d'un garçon, elle est aussi surnommée dans les couloirs des ministères "Borne out" pour sa dureté supposée envers ses collaborateurs.
Aux Transports de 2017 à 2019, elle a mené à son terme l'une des réformes emblématiques du quinquennat, celle de la SNCF, et porté la loi touffue sur les mobilités, avant de remplacer François de Rugy comme ministre de la Transition écologique et solidaire (2019-2020).
Au ministère du Travail (2020-2022), en pleine pandémie de Covid-19, elle a géré la très contestée réforme de l'assurance chômage.
Elisabeth Borne a fait un court passage dans le privé, chargée des concessions du groupe Eiffage en 2007 avant de rejoindre la mairie de Paris comme directrice de l'urbanisme.
Pour son dernier déplacement hors de la métropole, en Guyane, où elle a réveillonné auprès des forces armées, elle a reçu un insigne qui récompense les militaires pour leur "combativité" et leur "opiniâtreté". Tout un message.
S.Gantenbein--VB