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L'Iran menace de frapper les bases militaires et porte-avions américains en cas d'attaque
L'Iran a promis jeudi de frapper "instantanément" les bases et porte-avions américains en cas d'attaque des Etats-Unis, qui font toujours peser la menace d'une intervention militaire, l'ONU appelant de son côté au dialogue pour éviter une crise aux "conséquences dévastatrices".
L'Union européenne a ajouté une pression supplémentaire, ses 27 ministres des Affaires étrangères s'accordant pour désigner comme "organisation terroriste" les Gardiens de la Révolution, bras armé de la République islamique accusé d'avoir orchestré la répression sanglante en janvier.
"+Terroriste+, c'est bien ainsi que l'on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang", a déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
"Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte", a abondé la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, tout en estimant, en réaction à l'éventualité de frappes américaines, que le Moyen-Orient n'avait pas besoin d'une "nouvelle guerre".
"Nous devons nous préparer à la guerre", a pourtant dit le vice-président iranien Mohammad Reza Aref, tandis que d'autres responsables ont continué jeudi à menacer des pires représailles en cas d'attaque.
L'Iran répondra "instantanément", a juré le porte-parole de l'armée, évoquant les "sérieuses vulnérabilités" des porte-avions américains. La riposte sera "écrasante", avait promis peu avant le chef de l'armée Amir Hatami, annonçant avoir doté les régiments de combat de 1.000 drones.
- "Erreur stratégique majeure" -
Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a lui qualifié d'"erreur stratégique majeure" la décision visant les Gardiens de la Révolution, et accusé l'Europe d'"attiser le feu".
Les Européens ont également décidé de sanctionner plusieurs hauts responsables iraniens, dont le ministre de l'Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la Révolution.
Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés par ces sanctions, qui prévoient une interdiction d'entrer dans l'UE et le gel des avoirs dans l'Union européenne.
Si les Européens lient leurs sanctions à la répression de la contestation, le président américain Donald Trump a centré ses dernières menaces d'intervention militaire sur le dossier du nucléaire iranien, sans mentionner la situation intérieure en Iran.
Réclamant un accord, il a averti mercredi sur son réseau Truth Social que le "temps était compté" avant une éventuelle attaque américaine, "pire" que celle menée en juin dernier contre des sites nucléaires iraniens.
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a lui appelé au dialogue avec l'Iran, notamment sur la question nucléaire, afin d'éviter une crise aux "conséquences dévastatrices pour la région".
- "Au plus bas" -
A Téhéran jeudi, cafés et magasins étaient ouverts et les embouteillages avaient repris comme d'habitude dans le centre ville, où des banderoles progouvernementales ont été déployées.
Dans les rues, les habitants interrogés par l'AFP semblaient résignés. "Je pense que la guerre est inévitable et qu'il faut un changement. Ca peut être pour le pire, ou pour le meilleur, je ne suis pas sûre", déclare une serveuse de 29 ans sous couvert d'anonymat.
"Dans la vie, il y a des hauts et des bas. Et là nous sommes au plus bas", estime une autre femme, même âge, dans un quartier aisé du nord de Téhéran.
Les voies diplomatiques ne semblent toutefois pas encore totalement épuisées.
Le chef de la diplomatie iranienne a mené cette semaine des tractations avec les pays du Golfe, opposés à une intervention américaine. "Cela plongerait la région dans le chaos, affecterait l'économie et ferait exploser les prix du pétrole et du gaz", a confié à l'AFP un responsable d'un de ces pays sous couvert d'anonymat, alors que le cours du baril de brut a bondi au plus haut depuis août.
Abbas Araghchi se rendra vendredi en Turquie, pays souhaitant jouer un rôle de médiateur entre Téhéran et Washington.
Moscou, de son côté, a estimé que le potentiel de négociations était "loin d'être épuisé", appelant "toutes les parties à la retenue".
Dans la soirée de jeudi, le président iranien Massoud Pezeshkian et l'émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, ont parlé d'efforts en vue d'une "désescalade" dans la région.
Les bilans des ONG sur la violente répression qui s'est abattue sur les manifestants en janvier font état de milliers, voire de dizaines de milliers de morts.
D'après un nouveau décompte de l'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux Etats-Unis, 6.373 personnes, dont 5.993 manifestants, ont été tuées durant le mouvement de contestation, 11.018 gravement blessées et 42.486 arrêtées.
Mais le nombre de morts pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17.000 décès en cours d'examen, écrit l'ONG sur X, ajoutant que les restrictions de communication restaient en place malgré un rétablissement partiel d'internet après trois semaines de coupure.
O.Schlaepfer--VB