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Le Venezuela va ouvrir l'exploitation pétrolière au privé sur fond de réchauffement des relations avec Washington
Le Venezuela va complètement ouvrir l'exploitation pétrolière au secteur privé, selon un projet de loi adopté en première lecture jeudi à l'Assemblée nationale, sur fond de réchauffement avec les Etats-Unis qui ont nommé jeudi une nouvelle chargée d'affaires pour le Venezuela.
Cette importante réforme, qui doit être approuvée en seconde lecture, intervient trois semaines après la spectaculaire capture du président Nicolas Maduro par les Etats-Unis, et la désignation de Delcy Rodriguez comme présidente par intérim.
L'approbation définitive est attendue dans les prochains jours, le pouvoir ayant la majorité absolue à l'Assemblée après le boycott des législatives par l'opposition en 2025.
Cette réforme apparaît comme un nouveau pas vers une normalisation des relations entre Caracas et Washington rompues en 2019. Mme Rodriguez a offert des gages de coopération au président Donald Trump qui ne fait pas mystère de son intérêt pour le pétrole du Venezuela, pays qui dispose des plus grandes réserves d'or noir de la planète.
L'exploitation pétrolière était jusqu'ici l'apanage de l'Etat ou d'entreprises mixtes dans lesquelles l'Etat détenait la majorité. Le projet de loi prévoit que "des entreprises privées domiciliées" au Venezuela pourront exploiter le pétrole après avoir signé des contrats.
"Le pétrole sous terre ne sert à rien. À quoi nous sert-il de dire que nous avons les plus grandes réserves du monde si" nous ne pouvons pas "augmenter la production ? Nous devons le faire (réformer), et nous devons le faire maintenant", a lancé le président de l'Assemblée Jorge Rodriguez, par ailleurs frère de Delcy.
"Chaque jour qui passe est un jour perdu, et un jour de réserves qu'on ne pourra pas utiliser", a-t-il ajouté.
La production avoisine 1,2 million barils/jour (bj), selon les autorités. Des années de mauvaise gestion et de corruption l'ont faite passer d'un pic de plus de 3 millions bj au début des années 2000 à un plus bas historique de 350.000 bj en 2020.
La réforme de la loi sur le pétrole était un souhait des compagnies américaines, désireuses de voir protégés leurs éventuels investissements tant dans l'exploitation que l'exploration, selon des analystes.
Orlando Camacho, député président de la Commission de l’Energie, a lui souligné que "ce projet de réforme constitue une étape vers la modernisation du secteur énergétique. La véritable souveraineté ne réside pas seulement dans le contrôle des ressources, mais dans leur transformation en biens pour le peuple vénézuélien".
- "Dialogue" -
Les Etats-Unis ont eux nommé jeudi chargée d'affaires Laura F. Dogu, ancienne ambassadrice au Nicaragua, pays dirigé par le leader d'inspiration socialiste Daniel Ortega, proche allié du pouvoir vénézuélien.
Le chargé d'affaires est celui qui dirige une mission diplomatique en absence d'ambassadeur, notamment quand les relations sont rompues.
Mme Dogu, qui s'installera dans l'immédiat à Bogota, remplace John McNamara, qui occupait ce poste depuis le 1er février 2025. M. McNamara ainsi que d'autres diplomates se sont rendus à Caracas le 9 janvier en vue "d'une reprise progressive des opérations", selon une source diplomatique.
"L'administration Trump continue de travailler avec les autorités intérimaires pour stabiliser le Venezuela", a indiqué un haut responsable américain, soulignant que cela "exige la présence d'un chargé d'affaires à plein temps".
"Nous sommes dans un processus de dialogue, de travail avec les Etats-Unis, sans aucune crainte", a déclaré mercredi Mme Rodriguez, qui semble affermir son pouvoir. Elle a réorganisé mercredi soir l'appareil militaire avec douze nominations d'officiers à la tête de régions militaires.
Trump a déclaré au Forum de Davos que "les dirigeants du pays ont été très, très malins", en référence à Mme Rodriguez, toujours sous le coup de sanctions de Washington, notamment le gel de ses avoirs.
Le Guardian assure jeudi que les Etats-Unis négociaient secrètement avec Mme Rodriguez depuis des mois. Citant une source américaine, le journal indique qu'en décembre elle avait convenu que Maduro devait partir. Un article taxé de "faux" par les autorités vénézuéliennes.
- Libération -
Mme Rodriguez, dont l'intérim selon la Constitution peut durer six mois avant de nouvelles élections, avait aussi promis la libération de prisonniers politiques.
Ces libérations s'opèrent au compte-gouttes avec moins de 200 remises en liberté sur quelque 800 prisonniers politiques, selon l'ONG Foro Penal.
Un des plus célèbres, Rafael Tudares Bracho, est sorti de prison dans la nuit de mercredi à jeudi. Il s'agit du gendre d'Edmundo Gonzalez Urrutia, le candidat d'opposition qui revendique la victoire à la présidentielle de 2024 face à Maduro.
Arrêté en janvier 2025, M. Tudares avait été condamné à 30 ans de prison pour terrorisme. Selon ses proches, il ne faisait pas de politique et a été victime des "représailles" du pouvoir contre M. Gonzalez Urrutia, exilé en Espagne.
De nombreuses figures, comme les opposants Juan Pablo Guanipa et Freddy Superlano ou l'activiste Javier Tarazona, restent écroués.
C.Bruderer--VB