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Plusieurs médias français victimes d'une nouvelle campagne de désinformation pro-russe
Le Monde, BFM TV ou encore Ouest-France: l'identité visuelle de médias français a une nouvelle fois été usurpée dans une salve de vidéos en ligne, sur de pseudo-révélations concernant des ministres français, dernière illustration des ingérences numériques pro-russes visant la France sans relâche.
Tous les ingrédients de la campagne appelée "Matriochka" par les experts (terme russe pour désigner des poupées gigognes) y sont réunis, comme l'a repéré le collectif Antibot4Navalny, qui traque les opérations de ce type en lien avec la Russie.
Ce mode opératoire utilise des contenus manipulés, faussement attribués à de vrais médias puis relayés sur les réseaux sociaux par des comptes "jetables", récemment créés, souvent automatisés et avec peu d'abonnés. Ces derniers, dans leurs posts, appellent médias et journalistes à "vérifier" ces infox, dans le but de saturer leurs capacités d'investigation.
Autre élément caractéristique de "Matriochka": les récentes vidéos mises en évidence par Antibot4Navalny sur X et Bluesky sont accompagnées d'une image, générée par intelligence artificielle (IA), tournant en dérision le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Imitant le graphisme de plusieurs médias français, cette nouvelle série de publications prétend dévoiler des affaires embarrassantes au sujet de membres du gouvernement français.
Parmi les ministres cités nommément, l'un est accusé de "favoriser la criminalité parmi les migrants", l'une d'avoir des "liens illégaux avec le lobby des armes". L'un de leurs collègues serait même "soupçonné d'avoir commis des crimes sexuels contre des mineurs".
Rien ne vient étayer ces accusations sans fondements, emballées dans une apparence de contenu journalistique.
- Actions judiciaires -
Tous les médias concernés (Le Monde, Ouest-France, 20 minutes, Le Parisien, Le Figaro et BFM TV), contactés par l'AFP, ont sans surprise démenti être à l'origine de ces publications.
Celle imitant Ouest-France "porte atteinte au journal et à la confiance du public", a notamment dénoncé Caroline Tortellier, responsable de la communication externe du groupe, indiquant avoir "d'ores et déjà pris les mesures pour engager une action judiciaire appropriée".
Le directeur juridique du groupe Les Echos-Le Parisien, Xavier Genovesi, a précisé à l'AFP que ce n'était pas la première fois que l'identité visuelle du groupe était usurpée, déplorant un manque de réactivité des autorités face à ces manipulations.
"Nous aurions aimé qu'il y ait des sanctions, et ça renvoie à la responsabilité des plateformes qui disposent de ressources pour agir contre ces situations", a-t-il ajouté, expliquant avoir demandé le retrait du contenu sur X.
Certains des contenus repérés ont été supprimés par les plateformes quelques jours après leur publication, a constaté l'AFP.
Selon une source gouvernementale, cette nouvelle salve de vidéos relèvent bien de la campagne de désinformation "Matriochka", active depuis 2023. Orchestrée par des acteurs russes, elle avait notamment ciblé à coups d'infox l'organisation des Jeux Olympiques en 2024.
- "Alimenter la grogne"
Les contenus en question ne deviennent pas forcément viraux et suscitent généralement peu d'engagement. Mais quelques publications isolées, totalisant plusieurs millions de vues, semblent "suffire à justifier l'effort sur le long terme, du point de vue de l'opérateur", analyse le collectif Antibot4Nalvany.
Le procédé vise par ailleurs à saturer les rédactions en les obligeant à réagir et à détourner leurs ressources, ce que les experts qualifient "d'entreprise de diversion".
Selon Carole Grimaud, chercheuse en sciences de l'information et spécialiste de la Russie, l'un des objectifs est d'"alimenter la grogne" des Français contre leurs dirigeants. Il s'agit de "fragiliser le pouvoir en place, voire de provoquer une dissolution de l'Assemblée nationale qui placerait des partis plus favorables à Moscou en position de force".
Les techniques employées, ajoute-t-elle, "évoluent sans cesse" pour saturer l'espace informationnel et brouiller la frontière entre vrai et faux.
Les acteurs de cette stratégie s'appuient sur une défiance "de plus en plus importante au sein de la société française", souligne Maxime Audinet, chercheur en stratégies d'influence à l'IRSEM. Ils n'ont plus qu'à "en rajouter une couche", en "capitalisant sur tous les foyers d’instabilité, de colère ou de contestations".
Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, les campagnes de désinformation pro-russes se sont multipliées en Europe, la France comptant parmi leurs cibles privilégiées.
C.Stoecklin--VB