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Dans le Pas-de-Calais, un accompagnement des mères adolescentes
"Après avoir accouché, je n'avais plus de copines": comme pour Bérénice, la maternité précoce expose à l'isolement et au décrochage scolaire. Un constat à l'origine d'un dispositif d'accompagnement de mères adolescentes dans le Pas-de-Calais.
Chapeaux, crème solaire, couches... Un après-midi de juin, des jeunes filles et leurs bébés explorent en barque le marais de Saint-Omer.
C'était l'une des activités proposées à ces très jeunes mamans lors d'un court séjour organisé par le service d'accompagnement des mères lycéennes et collégiennes (Samelyco) du Pas-de-Calais.
Le Samelyco permet de "voir d'autres mamans", apprécie Bérénice, enceinte à 20 ans de son deuxième enfant, sa petite de deux ans accrochée à ses jambes. "Après avoir accouché, je n'avais plus de copines. Elles n'étaient pas mamans, elles n'ont pas compris que je mette ma fille en priorité."
Dans une région Hauts-de-France parmi les plus concernées par les grossesses précoces, le Pas-de-Calais est l'un des rares départements français où un tel service a émergé, en 2023, grâce à l'association Pep62, engagée pour l'éducation des enfants.
Des structures similaires existent dans l'Aisne, en Moselle et en Ile-de-France.
Celle du Pas-de-Calais suit une centaine de jeunes filles, toutes volontaires. La plus jeune a 12 ans, l'âge moyen s'établit à 16 ans et trois mois.
Orientées majoritairement par l'Éducation nationale et la Protection maternelle et infantile (PMI), les adolescentes peuvent être suivies dès leur quatrième mois de grossesse -un stade où elles sont sûres de ne pas l'interrompre- et jusqu'aux trois ans de l'enfant.
Avant la création du Samelyco, de plus en plus d'adolescentes enceintes sollicitaient le service d'assistance pédagogique à domicile (Sapad), créé par l'Education nationale pour les élèves malades, explique Yohann Reisenthel, directeur général des Pep62.
Si son objectif initial est d'empêcher une rupture de scolarité, le Samelyco oriente aussi les adolescentes vers les bons interlocuteurs en matière de logement et de santé. Il mise également sur la pair-aidance, en faisant se rencontrer ces jeunes filles.
Financé notamment par l'Agence régionale de santé, le conseil départemental et la fondation Raja-Danièle Marcovici, le service garde des moyens limités, environ trois fois inférieurs à ceux de son équivalent parisien pour le même nombre d'adolescentes suivies, souligne M. Reisenthel.
Anne-Marie, 16 ans, mère d'un bébé de six mois, a dû interrompre son CAP d'agent d'entretien mais va reprendre ses études en septembre, avec un emploi du temps aménagé. "Ça va faire du bien d'avoir l'esprit ailleurs" que tourné uniquement vers son rôle de mère, se réjouit-elle.
- Déni -
Beaucoup d'entre elles ont connu un déni de grossesse. "A 22H00, j'apprends que je suis enceinte, à 23H31 j'ai accouché", résume Lou-Anne, 17 ans, rencontrée en juillet lors d'une excursion dans la baie de Somme organisée par le Samelyco.
Elle a laissé son bébé sous X pendant trois jours. Ensuite, "j'ai pris la décision de le reprendre et de le garder", confie l'adolescente, couvant du regard son fils désormais âgé de 11 mois.
Aujourd'hui, elle s'apprête à redoubler sa terminale en bac pro services à la personne et cherche avec l'aide du Samelyco une maison pour emménager avec le père de l'enfant.
En France, le taux de naissances chez des femmes de moins de 20 ans est passé de 7% en 1973 à moins de 2% en 2018, notamment en raison de l'autorisation de la contraception et de l'IVG, selon l'Insee. Ces naissances restent plus fréquentes dans le nord de la France, certains départements ruraux et en Outre-mer.
Sarah, 19 ans, mère d'un blondinet d'un an, décompte sept adolescentes devenues maman en même temps qu'elle parmi ses anciennes camarades de classe.
"Il y a des jeunes filles pour qui être enceinte, c'est un choix, même à cet âge-là, parce qu'elles pensent qu'être maman va leur apporter quelque chose qu'elle n'ont pas eu, un statut", constate Augustine Pichonnier, chargée notamment des secteurs de Boulogne-sur-Mer et Saint-Omer au Samelyco.
Pourtant, à l'école et ailleurs, le regard des autres pèse parfois lourd, témoignent les adolescentes.
Les pères, eux, sont rarement présents. "Quand le papa veut travailler avec nous, on travaille avec lui", résume Marc Planchon, responsable éducation Loisirs aux Pep62.
"On a réussi à mettre en place des Sapad pour des papas. Les premiers mois, on a 35% de papas mais (sur les 100 adolescentes accompagnées), je crois qu'on a sept papas encore suivis."
E.Gasser--VB