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Audiovisuel public: le texte rejeté dès l'entame des débats à l'Assemblée
Les députés ont rejeté dès le début des débats lundi la réforme de l'audiovisuel public, énième péripétie pour un texte au parcours chaotique, rejeté par les salariés concernés, mais que la ministre de la Culture Rachida Dati continue à défendre bec et ongles.
La proposition de loi du sénateur Laurent Lafon (UDI, centre), prévoit de créer le 1er janvier 2026 une holding, France Médias, qui chapeauterait France Télévisions, Radio France et l'Ina (Institut national de l'audiovisuel), sous l'autorité d'un président-directeur général.
Les députés de gauche, rejoints de manière inattendue par ceux du Rassemblement national, ont voté largement (94 voix dont 16 RN contre 38) une motion de rejet du groupe écologiste et social, face aux bancs clairsemés de la coalition gouvernementale.
Les représentants des groupes de gauche se sont réjouis à l'unisson de ce vote. "C'est un immense revers pour Rachida Dati et elle le mérite, parce que sa réforme était mal préparée", s'est félicité le député PS Emmanuel Grégoire, qui ambitionne d'affronter Mme Dati à Paris lors des élections municipales de mars 2026.
"La gauche ne voulait pas débattre. C'est une étape franchie. Le texte ira plus vite au Sénat", a commenté le cabinet de la ministre auprès de l'AFP.
La chambre haute pourrait examiner le texte dès la semaine prochaine selon une source parlementaire. Une source gouvernementale assurant, de son côté, que "ce n'est pas arbitré". Le Premier ministre François Bayrou avait apporté son soutien à la réforme dimanche sur RTL.
Face à la presse, comme dans l'hémicycle, Mme Dati a défendu une réforme qu'elle porte à bout de bras depuis des mois, et qui serait l'un des rares trophées dont elle puisse se prévaloir rue de Valois.
"Il nous faut un chef d'orchestre, sortir du fonctionnement en silo, avoir des stratégies très claires, réellement unifiées avec un PDG unique, une stratégie cohérente et coordonnée", a-t-elle dit.
- "Gâchis" -
Pour le RN, le vote de la motion était une manière d'abréger les débats, alors que près de 1.300 amendements avaient été déposés, principalement par la gauche. "Il y en a marre de voir la gauche faire de l'obstruction systématique sur quasiment tous les textes dans l'hémicycle", a expliqué à la presse le député RN Philippe Ballard.
Le député du groupe MoDem Erwan Balanant a lui regretté un "gâchis démocratique" et un "gâchis pour l'audiovisuel", alors même que son groupe avait des "réticences" sur le texte.
Ce rejet signe-t-il une défaite personnelle pour la ministre, accusée d'avoir contribué à tendre les débats ces derniers mois ?
"Dati a été trop violente ces dernières semaines. Elle s'est mis à dos beaucoup de députés centristes qui ne veulent plus lui offrir une victoire politique", a décrypté lundi une source au sein de l'audiovisuel public.
En avril, un incident avait opposé en commission la ministre à une fonctionnaire de la chambre basse. Plus récemment, Mme Dati a créé l'émoi en s'en prenant au journaliste Patrick Cohen sur le plateau de C à vous, sur France 5, ou en affirmant sur France Inter que les auditeurs du service public étaient un "club" de "CSP+" (membres de catégories socioprofessionnelles favorisées).
Dans l'hémicycle, Mme Dati a dénoncé les "violentes attaques contre (sa) personne". "Cette réforme n'est pas la réforme de Rachida Dati", c'est une réforme "dans l'intérêt évidemment de l'ensemble des Français", a-t-elle soutenu.
Un point de vue combattu par les syndicats des médias concernés. Une grève illimitée a démarré jeudi à Radio France pour s'opposer aux restrictions budgétaires et à ce projet de réforme, que les syndicats jugent "extrêmement dangereux" tant pour l'avenir des salariés que pour l'indépendance de l'information. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) comptait lundi 67% de grévistes dans les rédactions du groupe.
A France Télévisions, où le mouvement a débuté lundi, la direction comptait près de 17% de grévistes dans la matinée.
Plusieurs centaines de salariés s'étaient rassemblées lundi à la mi-journée à proximité du ministère de la Culture, scandant "Rachida Dati démission".
A.Zbinden--VB