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En Floride, l'angoisse de réfugiés vénézuéliens désormais privés de protection
A Doral, près de Miami, Denis Caldeira se sent comme bloqué dans des "limbes" juridiques de l'administration Trump: celle-ci a décidé de retirer le statut particulier d'immigré protégé dont lui et des centaines de milliers d'autres Vénézuéliens bénéficiaient aux Etats-Unis.
"Il faut que je sorte pour aller travailler. Je ne peux pas rester enfermé à la maison. Bien sûr j'ai peur, mais je ne peux rien y faire", raconte cet employé d'une société d'import-export de 47 ans à la chevelure soignée.
A "Doralzuela", comme elle est surnommée, 40% des habitants sont originaires du Venezuela, dans ces rues proprettes typiques de la Floride (sud) sous le soleil et les palmiers, entre des magasins bio, des terrasses de cafés branchés et une statue de Simon Bolivar.
S'il n'est pas officiellement considéré comme un titre de réfugié, le statut de protection temporaire (TPS) permet, pour des raisons humanitaires, aux ressortissants de certains pays en guerre ou traversant une crise extraordinaire de vivre et travailler aux Etats-Unis.
Mais dans le cadre de la campagne anti-immigration spectaculaire de l'administration du président Donald Trump, la Cour suprême l'a autorisée lundi à révoquer ce TPS à quelque 350.000 Vénézuéliens, dont le pays dirigé par Nicolas Maduro est pourtant considéré par Washington comme une dictature hostile.
Dans un restaurant populaire de Doral connu pour sa variété d'arepas, l'une des spécialités qui fait la fierté des Vénézuéliens, Denis Caldeira déplore que "depuis le début de son mandat, il y a eu une sorte de persécution contre les Vénézuéliens en particulier".
Une campagne que beaucoup, comme lui, ne comprennent pas. Sa victoire à la présidentielle avait été favorisée par la progression du vote de l'électorat latino en faveur de la droite emmenée par Donald Trump, selon les observateurs.
- "Profonde contradiction" -
La hausse de l'immigration clandestine et l'inflation galopante sous l'ancien gouvernement expliquent en partie cette nouvelle tendance au sein des communautés latinos bien installées aux Etats-Unis.
Mais, en Floride, le vote républicain d'une grande partie de la communauté cubaine notamment reflète depuis longtemps sa défiance à l'égard du pouvoir communiste qu'elle a fui.
Alors, les Américano-Vénézuéliens ayant voté pour Donald Trump l'ont fait "en pensant qu'il allait avoir une position bien plus dure contre le régime de Maduro, qu'il allait le faire éjecter du pouvoir, et pas qu'il allait faire éjecter des Vénézuéliens des Etats-Unis", souligne José Antonio Colina, président d'une organisation d'exilés de pays d'Amérique latine.
Selon lui, la politique de l'administration Trump reflète une "profonde contradiction" dans la mesure où les Etats-Unis considèrent le Venezuela comme un pays dangereux qui viole les droits humains. "Comment peut-on envoyer là-bas des milliers de personnes qui ont précisément fui la persécution politique?", se demande le militant associatif.
Dans une de ses allocutions télévisées, Nicolas Maduro s'est lui-même offusqué contre la fin d'un dispositif pourtant mis en place par défiance vis-à-vis de son pouvoir. "Immigrer n'est pas un crime, leur retirer le TPS en est un", a-t-il dénoncé.
- "Un avenir ici" -
A 55 ans, Keyla Méndez continuera de bénéficier de son statut TPS jusqu'au mois d'août. Mais l'avenir l'angoisse.
"Bien sûr qu'on a peur. On a construit une famille ici, on a avancé, on a créé des liens", confie sous ses larges lunettes rouges cette employée d'un cabinet d'avocats. "Mes enfants étudient et veulent un avenir ici. Ils ont peur de repartir. On a quitté la situation très difficile que vit notre pays".
Le plus dur pour Keyla Méndez, à l'instar de beaucoup d'autres Vénézuéliens de Doral, est de s'imaginer quitter un pays qu'elle voyait comme un refuge mais aussi le lieu où elle a pu évoluer socialement.
"On espérait que tout ce grand nettoyage allait viser les personnes qui le méritent, pas nous tous", s'agace Oli García, patronne d'une imprimerie.
"On a apporté tellement", dit cette femme de 42 ans qui rêve de créer encore plus "d'entreprises" et avoir "une succursale".
"Mais maintenant je ne sais pas quoi faire", confie-t-elle. "Je ne sais pas ce qui va se passer, si je vais vraiment arrêter d'avancer ici et finir par devoir m'en aller".
K.Hofmann--VB