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Droits de douane: les constructeurs automobiles mettent les Etats-Unis sur pause
Pauses dans les usines, hausses de prix ou arrêt de certains modèles: les constructeurs automobiles ont commencé à se positionner face aux droits de douane imposés par Donald Trump sur les voitures importées aux Etats-Unis.
Des surtaxes d'une valeur de 25% sont entrées en vigueur jeudi 3 avril sur toutes les voitures qui ne sont pas fabriquées aux États-Unis.
Ces droits de douane devraient concerner 7,3 millions de véhicules importés, soit 8% des ventes mondiales selon Bank of America, exposant les constructeurs à "beaucoup de coûts et de chaos", selon la formule du patron de Ford Jim Farley.
Des droits de douane de même ampleur sur les pièces détachées doivent aussi progressivement entrer en vigueur.
- Les prix augmentent
Ces droits de douane posent deux questions majeures pour le marché américain: dans quelle mesure les prix des voitures vont-ils augmenter et les consommateurs en achèteront-ils moins?
Volkswagen a déjà prévenu ses concessionnaires américains qu'il prévoyait d'ajouter des frais au prix des véhicules importés aux Etats-Unis depuis le Mexique ou l'Europe.
Selon Bank of America, les constructeurs pourraient décider d'augmenter leurs prix de 10.000 dollars (pour des voitures vendues en moyenne à 48.000 dollars) s'ils veulent protéger leurs marges. Mais certains constructeurs pourraient rogner sur leurs marges, en attendant de produire aux États-Unis, et limiter les hausses à 4.500 dollars.
Les consommateurs américains se sont jetés dans les concessions au mois de mars pour passer commande avant ces augmentations.
Ces hausses risquent notamment d'être douloureuses pour les constructeurs américains et japonais qui importent des véhicules de gamme moyenne par milliers du Mexique ou du Canada, du pick-up Chevrolet Silverado au SUV Toyota Rav4.
Mais même les constructeurs allemands comme Porsche pourraient avoir du mal à absorber ces surtaxes pour leurs modèles les moins coûteux, comme le SUV Macan, adoré des Américains, souligne Cigdem Cerit, analyste à l'agence Fitch Ratings.
Ferrari a d'ailleurs été le premier constructeur a annoncer jusqu'à 10% d'augmentation sur certains de ses modèles fabriqués en Italie et vendus aux États-Unis, son premier marché.
Ford, un des constructeurs qui produit le plus aux Etats-Unis, en a profité pour lancer une promotion "From America, For America" pour pousser les clients à venir en concession.
- Chaos canado-mexicain
Les constructeurs américains eux-mêmes (Stellantis, Ford, General Motors) demandaient à Donald Trump d'alléger les droits sur le Mexique et le Canada, où sont implantées de nombreuses usines et d'où viennent la moitié des voitures importées.
C'est raté: l'accord de libre-échange avec les trois pays (USMCA) reste en vigueur seulement pour les pièces fabriquées aux Etats-Unis.
Stellantis a annoncé dès jeudi mettre en pause son usine son usine Chrysler de Windsor (4.000 salariés au Canada).
Nissan a prévenu de son côté qu'il n'allait plus commercialiser aux Etats-Unis les modèles de sa marque premium Infiniti QX50 et QX55, produits dans son usine mexicaine d'Aguascalientes.
- Produire aux Etats-Unis
Le but affiché de Donald Trump est d'attirer des industriels aux États-Unis, mais les effets à long terme de cette politique restent imprévisibles.
"Chacun va se poser la question: est-ce plus compétitif de produire aux États-Unis, avec un marché devenu plus faible, ou de payer des droits de douane?" explique Guillaume Crunelle du cabinet Deloitte.
Certains constructeurs avaient déjà donné des gages au gouvernement américain: Hyundai comme Stellantis ont annoncé des ouvertures ou réouvertures d'usine depuis son élection.
L'entrée en vigueur des frais de douane jeudi a accéléré les annonces, notamment de la part des constructeurs qui ont déjà des usines sur place.
Nissan qui, en pleine chasse aux économies, comptait arrêter la production de son SUV Rogue dans son usine du Tennessee, va finalement la maintenir pour éviter les droits de douane.
Volvo a aussi confirmé qu'il allait augmenter sa production dans son usine de Caroline du Sud, et peut-être y transférer un nouveau modèle.
Ces évolutions prennent du temps cependant, jusqu'à plusieurs années pour l'ouverture d'une ligne de production dans une usine existante. Et les fournisseurs, dont l'économie est déjà fragile, devront suivre.
Environ un million de voitures supplémentaires pourraient être produites aux Etats-Unis (sur 10,6 millions produites en 2024), selon Bank of America, mais le recrutement d'ouvriers pourrait poser problème.
S.Leonhard--VB