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L'usine chimique Vencorex sera fixée sur sa reprise le 10 avril
Reprise partielle par un groupe chinois ou rachat en coopérative par des salariés ? Le tribunal de commerce de Lyon a étudié jeudi les options de l'usine chimique Vencorex, menacée de liquidation, et tranchera le 10 avril.
Après un premier délai supplémentaire de six mois accordé en mars, le tribunal effectuait un point intermédiaire sur la situation de cette société installée à Pont-de-Claix, près de Grenoble, et devrait désormais se prononcer le 10 avril, ont indiqué les participants à l'issue de la réunion.
Les deux scénarios à l'étude sont celui, annoncé de longue date, d'une reprise partielle par le groupe chinois Wanhua, avec 50 à 70 emplois maintenus sur les 450 que comptait initialement Vencorex, et celui de la création d'une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), bâti dans l'urgence par deux salariés de la CGT aidés par un entrepreneur local.
"On est très confiants sur la possibilité de faire une offre ferme. Notre offre est bien meilleure en termes d'activités et au niveau emploi", ont affirmé les deux salariés, Denis Carré et Séverine Dejoux, à la sortie du tribunal.
Baptisé CIRCEI (Coopérative industrielle de relance Chimie Electrochimie Isocyanate), le projet envisage la reprise totale des actifs corporels et incorporels de Vencorex, ainsi que 273 employés sur les 301 que compte désormais l’entreprise, après une première vague de licenciement en mars. Les salariés proposent un prix symbolique de 2 euros pour cette reprise.
"Notre ambition est de créer une plateforme d'innovation chimique, de nombreuses entreprises pourraient venir s'installer sur le site et fonctionner clés en main", a expliqué leur partenaire Olivier Six, PDG d’une entreprise d’ingénierie métallique voisine de Vencorex et élu d'opposition à Grenoble.
"Il nous manque quatre semaines pour transformer tous les engagements en argent", a-t-il souligné.
Pour la relance de l’usine, le projet CIRCEI aura besoin de 20 millions de ligne de trésorerie au redémarrage, et de 120 millions d’euros à horizon 2029. Dans leur offre présentée au tribunal, que l’AFP a pu consulter, la SCIC compte sur 60 millions d’euros publics, sous forme de subventions, de capitaux, de quasi fonds propres et de prêts. Et 40 millions qui devront être empruntés à des banques.
Environ 300.000 euros ont déjà été promis par des collectivités locales et la Région Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé sa volonté de s'investir, sans préciser de montant, selon Christophe Ferrari, président de la métropole de Grenoble et maire de Pont-de-Claix.
- "Dossier hors du commun" -
Salariés, élus locaux et nationaux redoutent depuis des mois un "scénario catastrophe" en Isère si Vencorex, qui joue un rôle central pour la chimie régionale, devait fermer l'essentiel de son activité.
Selon eux, une liquidation ne mettrait pas seulement en péril les emplois directs mais des milliers d'autres dans la région en raison de l'interconnexion des activités.
Un démantèlement entraînerait en outre une perte de souveraineté pour des secteurs comme le nucléaire ou le spatial - dont certains groupes utilisent les sels produits par Vencorex - et laisserait sans solution un vaste site lourdement pollué, arguent-ils.
Plusieurs élus dont François Hollande, Olivier Faure et le député LR Olivier Marleix ont écrit cette semaine à Emmanuel Macron pour l'appeler à se saisir de ce "dossier hors du commun" et lever les obstacles au projet de SCIC.
"Une intervention rapide de l'État au plus haut niveau est indispensable pour empêcher une catastrophe industrielle, environnementale, sociale et stratégique", soulignent-ils dans leur courrier, évoquant le risque de voir "dépecer notre industrie" si Wanhua arrive à ses fins.
Jeudi devant le tribunal, Gauthier Herrmann, directeur de l’activité Europe de Wanhua, a qualifié l'offre chinoise de "solide, basée sur un investissement important". "Elle permet d'optimiser la plateforme et de la stabiliser et de réduire les coûts pour pérenniser l'activité à Pont-de-Claix", a-t-il déclaré après l'audience.
Vencorex a été placé en redressement judiciaire le 10 septembre à la demande de son actionnaire, le groupe thaïlandais de pétrochimie PTT GC. Une demande de nationalisation temporaire de Vencorex a été rejetée au début de l'année par le Premier ministre François Bayrou.
R.Buehler--VB