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Royaume-Uni: coupes attendues dans les aides sociales, fronde chez les travaillistes
Desservi par une croissance molle et soucieux d'assainir les finances publiques, le gouvernement britannique de centre gauche doit présenter mardi une réforme des aides sociales qui affecterait notamment les personnes handicapées ou malades, suscitant une fronde dans le camp travailliste.
La ministre du Travail Liz Kendall a été désignée pour informer mardi de ces coupes drastiques, jugées indispensables sur fond de stagnation depuis des mois de l'économie britannique, ce qui restreint la marge budgétaire du gouvernement.
Or l'exécutif a promis de rééquilibrer les comptes sans nouvelles hausses d'impôts, après la très impopulaire augmentation des cotisations sociales annoncée en octobre.
Et le retour aux affaires de Donald Trump complique encore la situation, entre ses droits de douane qui ébranlent l'économie et sa politique diplomatique illisible poussant les Occidentaux, Royaume-Uni compris, à accroître leur dépenses militaires.
"Le monde a changé", a résumé la semaine dernière la ministre des Finances Rachel Reeves, qui doit faire le 26 mars un discours très attendu sur les finances publiques.
Parmi les mesures attendues pour mardi, la plus contestée consisterait à durcir les critères d'éligibilité à une aide destinée aux personnes handicapées ou malades, la Personal Independence Payment (PIP), dont bénéficient 3,6 millions de personnes.
- "Anxiété et dépression" -
L'idée fait bondir les députés travaillistes les plus à gauche, dans la majorité des cas de manière anonyme, un élu parlant par exemple dans le quotidien The Guardian d'"horreur absolue".
Le gouvernement défend sa réforme par la nécessité de redessiner un système de protection sociale qui "coûte trop cher" et enferme dans les allocations chômage des personnes qui pourraient travailler, selon Rachel Reeves.
Le Royaume-Uni a dépensé 296,3 milliards de livres en aides sociales en 2023/24, soit 11% de son PIB, d'après les calculs de l'Office for Budget Responsibility, qui contrôle les dépenses du pays.
Selon un porte-parole du Premier ministre Keir Starmer, le nombre des bénéficiaires du PIP ne cesse d'augmenter et finira par être insoutenable. Il souligne que, depuis le Covid, beaucoup d'entre eux déclarent désormais "l'anxiété et la dépression comme principale affection".
"Nous devons nous assurer que le PIP va aux bonnes personnes", a-t-il ajouté -- des propos qui renvoient à ceux du ministre de la Santé Wes Streeting, selon lequel les médecins "surdiagnostiquent" les troubles mentaux.
"Mon gouvernement essaie de faire deux choses très incompatibles: réparer notre système de protection sociale défaillant et faire des économies. Ce n'est pas possible", explique à l'AFP Clive Lewis, le député de Norwich, aux positions progressistes.
"Et c'est doublement impossible si nous voulons adhérer aux valeurs travaillistes pour lesquelles les gens ont élu ce gouvernement", ajoute-t-il.
- "Conséquences tragiques" -
Interrogée par l'AFP, la députée d'York, Rachael Maskell, met en garde contre les "conséquences tragiques" de telles coupes dans les aides sociales, qui placeraient les personnes handicapées "dans une situation de pauvreté encore plus grande".
"Nous savons qu'il y aura toujours des personnes qui ne peuvent pas travailler en raison de la nature de leur handicap et de leur état de santé et ces personnes seront protégées", a déclaré lundi la ministre Liz Kendall.
Les Britanniques restent plutôt divisés sur la question, selon un sondage YouGov lundi : 53% considèrent que les critères pour recevoir des prestations ne sont pas assez stricts. Mais 45% pensent que les personnes handicapées perçoivent trop peu.
En amont du plan présenté mardi, le gouvernement de Keir Starmer a multiplié ces derniers jours les annonces politiquement moins coûteuses, destinées à relancer l'économie du Royaume-Uni, notamment des plans pour réduire la bureaucratie et supprimer des établissements publics et des régulateurs jugés inutiles.
I.Stoeckli--VB