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Climat: le seuil de 1,5°C de réchauffement dépassé
Du jamais vu dans l'histoire moderne : la température moyennne des deux dernières années a dépassé la limite de 1,5°C de réchauffement fixée par l'accord de Paris, poussant l'ONU à réclamer vendredi une "action climatique novatrice".
2024 est la première année au-dessus du seuil de 1,5°C de réchauffement, avec une température moyenne à la surface de la planète supérieure de 1,55°C (avec une marge d'incertitude de ±0,13°C) à la moyenne de la période 1850-1900, selon une analyse de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), une agence de l'ONU, se basant sur six grandes bases de données internationales.
Le record de chaleur de 2024, couronnant une décennie "extraordinaire de températures record" selon l'OMM, "exige une action climatique novatrice en 2025", a exhorté le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.
L'année 2024 a bel et bien été la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des statistiques en 1850, a lui aussi souligné vendredi le Service changement climatique (C3S) de l'observatoire européen Copernicus.
2025 ne s'annonce pas record mais l'Office météorologique britannique a pour sa part prévenu que l'année devrait être l'une des trois plus chaudes enregistrées sur la planète.
En 2025, année marquée par le retour au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis, les pays doivent aussi annoncer leurs nouvelles feuilles de route climatiques, remises à jour tous les cinq ans dans le cadre de l'accord de Paris. Mais la réduction des gaz à effet de serre marque le pas dans certains pays riches: seulement -0,2% aux Etats-Unis l'an dernier, selon un rapport indépendant.
Selon Copernicus, la seule année 2024 mais aussi la moyenne des deux années 2023-2024 a dépassé 1,5°C de réchauffement par rapport à l'ère pré-industrielle, avant que l'utilisation massive du charbon, du pétrole et du gaz fossile ne modifie en profondeur le climat.
"Il est important de souligner qu'une seule année à plus de 1,5°C NE signifie PAS que nous avons échoué à atteindre les objectifs de température à long terme de l'accord de Paris, lesquels portent sur des décennies", a relevé la secrétaire générale de l'OMM, Celeste Saulo.
Mais "cela souligne le fait que les températures mondiales grimpent au-delà de ce que les humains modernes ont connu", indique Copernicus. En effet, le réchauffement du climat actuel est inédit depuis au moins 120.000 ans, selon les scientifiques.
- "Avertissement" -
Derrière ces chiffres se cache déjà une série de catastrophes exacerbées par le changement climatique: 1.300 morts en juin lors de chaleurs extrêmes pendant le pèlerinage de La Mecque, inondations historiques en Afrique de l'Ouest et centrale, ouragans violents aux Etats-Unis et Caraïbes...
Et aujourd'hui les incendies de Los Angeles, "les plus dévastateurs" de l'histoire de Californie, selon les mots du président Joe Biden.
L'année 2024 a aussi été la plus chaude jamais enregistrée aux Etats-Unis continentaux, a annoncé vendredi l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA).
Sur le plan économique, les catastrophes naturelles ont causé 320 milliards de dollars de pertes dans le monde l'an dernier, selon le réassureur Munich Re.
Contenir le réchauffement à 1,5°C plutôt qu'à 2°C - la limite haute de l'accord de Paris - permettrait de limiter significativement ses conséquences les plus catastrophiques, selon le Giec, les experts du climat mandatés par l'ONU.
Les océans, qui absorbent 90% de l'excès de chaleur provoqué par l'humanité, ont aussi poursuivi leur surchauffe, tant à la surface que jusqu'à 2000 mètres de profondeur. La moyenne annuelle de leurs températures de surface - hors zones polaires - a atteint le niveau inédit de 20,87°C, battant le record de 2023.
- "Entre nos mains"-
Outre les impacts immédiats des canicules marines sur les coraux ou les poissons, cette surchauffe durable des océans, principal régulateur du climat terrestre, affecte les courants marins et atmosphériques.
Des mers plus chaudes libèrent davantage de vapeur d'eau dans l'atmosphère, fournissant de l'énergie supplémentaire aux typhons, ouragans ou tempêtes.
L'année passée a pourtant vu la fin du phénomène naturel El Niño, qui induit un réchauffement planétaire, une augmentation de certains événements extrêmes, et une transition vers des conditions neutres ou le phénomène inverse, La Niña.
L'OMM a déjà prévenu en décembre que ce dernier serait "court et de faible intensité", et insuffisant pour compenser les effets du réchauffement.
La COP29 de Bakou, la dernière grande conférence de l'ONU sur le climat, a difficilement accouché en novembre d'un nouvel objectif pour la finance climatique mais est restée quasi-muette sur les ambitions de baisse des gaz à effet de serre, et en particulier la sortie des énergies fossiles.
L.Stucki--VB