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Elections britanniques: le Labour attendu au tournant sur son programme
Grand favori des élections législatives au Royaume-Uni, le parti travailliste dévoile jeudi un programme officiel axé sur la croissance économique, moment attendu et risqué dans une campagne jusqu'ici très prudente pour reconquérir Downing Street après 14 ans dans l'opposition.
A trois semaines du vote, les plus de 20 points d'avance du Labour sur les conservateurs dans les sondages semblent lui ouvrir un boulevard pour remporter une majorité confortable le 4 juillet à la Chambre des Communes.
Mais le parti de centre-gauche a surtout profité de la défiance des électeurs envers les Tories menés par le Premier ministre Rishi Sunak. Et pour installer une image de parti de gouvernement crédible, il s'est abstenu de toute promesse trop risquée - au risque, selon certains, de manquer d'audace.
Le défi sera donc double pour le Labour et son chef Keir Starmer lors de la présentation du programme officiel à Manchester, dans le nord de l'Angleterre: montrer d'une part une certaine ambition pour le changement promis aux Britanniques et d'autre part éviter toute proposition susceptible de braquer l'opinion.
Au vu des premiers éléments rendus publics, les travaillistes veulent insister sur leur recentrage sur les questions économiques et se démarquer du programme très à gauche qui avait conduit à une défaite historique en 2019 sous Jeremy Corbyn.
- Energies vertes -
"Le Labour a changé et porte un projet de croissance. Nous sommes favorables aux entreprises et aux travailleurs", a insisté Keir Starmer dans un communiqué diffusé en amont.
Ce programme ne contiendra ni "surprises fiscales", ni impôt sur la fortune, a-t-il encore voulu rassurer mercredi soir lors d'une interview sur la chaîne Sky news.
Après s'être attelé à rassurer les milieux d'affaires en promettant de ne pas augmenter les impôts et de gérer prudemment les dépenses publiques, le parti veut ainsi insister sur le retour de la "stabilité économique".
Les dernières années de pouvoir conservateur ont en effet été marquées par une grande instabilité politique et économique: Brexit, valse incessante des ministres, mini-budget non financé de l'ex-Première ministre Liz Truss qui a tourné à la quasi crise financière ou encore la flambée d'inflation qui a plombé ménages et entreprises.
Le Labour veut créer un fonds dédié aux investissements dans les industries du futur, une société chargée de financer la transition vers les énergies vertes et faciliter la construction d'infrastructures.
Le programme doit également inclure les promesses déjà formulées de débloquer des dizaines de milliers de rendez-vous dans le service public de santé (NHS), institution chérie des Britanniques mais à bout de souffle, et ainsi résorber d'interminables files d'attente.
Le Labour a déjà dit vouloir embaucher 6.500 professeurs et rétablir la TVA pour les écoles privées.
Sur l'immigration, il veut abandonner le controversé projet du gouvernement conservateur d'envoyer des demandeurs d'asile vers le Rwanda mais veut, comme la majorité actuelle, réduire le nombre d'arrivées au Royaume-Uni.
Le parti compte réaffirmer le soutien britannique à l'Ukraine face à la Russie et vise une reconnaissance de l'Etat palestinien dans le cadre d'un processus de paix.
- Baisses d'impôt -
Alors qu'en France l'extrême droite aborde les législatives en position de force et qu'un retour de Donald Trump à la Maison Blanche est sérieusement envisagé aux Etats-Unis, le Labour est en position de force au Royaume-Uni et Keir Starmer, un ancien avocat de 61 ans, semble plus que jamais aux portes du 10, Downing Street.
Après avoir créé la surprise en convoquant des élections en juillet et non à l'automne, Rishi Sunak, riche ancien banquier de 44 ans, n'a jamais réussi à remonter son retard dans les sondages.
Pire, il a provoqué la consternation en écourtant sa présence aux commémorations du 80e anniversaire du Débarquement en Normandie pour répondre à une interview télévisée.
Mardi, la publication de son programme comprenant des milliards de baisses d'impôts a été accueillie sans enthousiasme.
Et à droite, il voit le parti anti-immigration Reform UK du médiatique Nigel Farage progresser.
La déroute est telle que la campagne des Tories insiste désormais sur le risque d'un raz-de-marée travailliste laissant Keir Starmer sans contre-pouvoir. Un signe que la défaite est considérée comme acquise? "Absolument pas", a répliqué Rishi Sunak mercredi.
C.Bruderer--VB