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Népal: 100 jours après son arrivée au pouvoir, l'énigme Balen Shah
Cent jours déjà, mais toujours une énigme. Le Premier ministre Balendra Shah a pris il y a trois mois les rênes du Népal sur la promesse de réformer le pays en profondeur mais sa volonté d'aller vite et sa discrétion intriguent, au point de jeter le doute sur ses intentions.
Malgré sa popularité, peu d'analystes avaient anticipé la victoire écrasante du rappeur devenu maire de Katmandou, 36 ans, aux élections législatives du 5 mars.
Mais la colère des jeunes de la Génération Z contre la corruption et le chômage qui a fait tomber le gouvernement six mois plus tôt a balayé la classe politique qui se partageait le pouvoir depuis plusieurs décennies.
Dans ses rares prises de parole publiques, "Balen" Shah avait indiqué son intention d'agir vite.
Dès le lendemain de sa prestation de serment, son prédécesseur KP Sharma Oli a été arrêté par la police et interrogé plusieurs jours sur son rôle dans la répression des manifestations des 8 et 9 septembre 2025, qui ont fait au moins 76 morts et plus de 2.600 blessés.
Dans la semaine qui a suivi, son équipe a dévoilé un catalogue ambitieux de 100 engagements sur la gouvernance, la lutte contre la corruption, l'économie, l'éducation ou le système de santé.
Le gouvernement est "lancé à pleine vitesse sur une autoroute", a répété la semaine dernière le Premier ministre devant les cadres de son parti. "Nous n'appuierons sur le frein que lorsque nous serons arrivés à destination".
- "Beaucoup reste à faire" -
Pour une partie de l'opinion toutefois, sa course au changement a viré à la précipitation.
Après dix jours de garde à vue, M. Oli, qui a toujours nié avoir ordonné à la police d'ouvrir le feu sur les émeutiers de l'an dernier, a été remis en liberté sans qu'aucune poursuite ne soit, à ce jour, engagée contre lui.
Le Premier ministre "a répondu aux exigences exprimées lors de la contestation", observe Nimesh Shrestha, 32 ans, un des manifestants de septembre. "Mais beaucoup reste à faire pour que justice soit rendue aux victimes".
Sur le front des réformes, le gouvernement a assuré samedi que deux tiers d'entre elles avaient été menées à bien.
Le Parti communiste népalais (CPN-UML) de M. Oli a jugé son travail "très faible, immature et controversé".
Mais plus que ses performances, c'est le style de "Balen" Shah qui pose question. Hormis un... clip de rap posté sur les réseaux sociaux à la veille de son investiture, le Premier ministre n'a toujours pas prononcé de discours public, ni même accordé d'entretien aux médias.
"En trois mois, nous en avons très peu appris sur l'homme que nous avons élu", déplore le journaliste Pranaya Rana, "il va désormais falloir qu'il s'ouvre un peu".
Discret dans son pays, Balendra Shah est même absent de la scène internationale. Contrairement aux traditions, c'est le patron de son Parti national indépendant (RSP, centre) ou son ministre des Affaires étrangères qui ont été dépêchés dans les capitales étrangères.
- "Rester vigilant" -
Lui a promis de ne pas quitter son pays pendant un an pour se concentrer sur la situation intérieure...
Quant à sa façon de mettre en oeuvre sa politique, elle étonne. Malgré sa majorité écrasante à la Chambre, il lui préfère les ordonnances par, dit-il, souci d'efficacité.
"C'est bien que le gouvernement veuille obtenir des résultats", juge un des émeutiers de 2025, Yujan Rajbhandari, 23 ans, "mais si les réformes ne sont pas mises en place dans les règles, elles ne dureront pas".
"Du travail a été accompli mais selon des méthodes semble-t-il différentes", s'inquiète l'analyste politique Anusha Khanal, "il va falloir rester vigilant".
Une réforme en particulier a fait lever quelques sourcils. Celle qui autorise le Conseil constitutionnel à prendre des décisions, dont les nominations de magistrats, à la majorité simple, au risque de menacer leur indépendance.
La décision de faire intervenir les bulldozers pour détruire les bidonvilles de Katmandou et expulser leurs habitants a en outre été jugée brutale par de nombreuses ONG.
"Il est encore tôt" pour juger, relève le journaliste Pranaya Rana. "Le gouvernement a bénéficié de la bienveillance de tous pendant ses cent premiers jours, c'est maintenant que les premières critiques pourraient poindre".
W.Huber--VB