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Chasse à la discrimination positive sur les campus américains
Dernier refrain des "guerres culturelles" aux Etats-Unis, les programmes visant à favoriser la diversité ethnique sur les campus sont interdits ou restreints dans un nombre croissant d'Etats américains, les conservateurs ne voulant plus entendre parler de discrimination positive à l'université.
Le débat fait rage entre la gauche, qui défend un soutien appuyé aux étudiants issus des minorités victimes des inégalités béantes de l'Amérique, et une droite à l'offensive sur tout ce qu'elle considère "woke", prônant une méritocratie se devant d'être aveugle à la question raciale.
"L'idée de (mettre en place) des discriminations aujourd'hui pour remédier aux discriminations d'hier, c'est fondamentalement erroné", résume pour l'AFP Jordan Pace, un élu local de l'aile droite du Parti républicain en Caroline du Sud.
Le parlementaire pousse son Etat à suivre la dizaine d'Etats, Floride en tête, qui ont adopté de telles réformes, nouvelle itération des conflits sociétaux qui fracturent la société américaine en cette année électorale, comme sur les questions LGBT+.
"La cible principale" de la chasse à ces programmes visant à favoriser la diversité, l'équité et l'inclusion (DEI) dans les universités publiques, "ce sont les personnes noires", estime Ricky Jones, professeur de panafricanisme à l'Université de Louisville, dans le Kentucky.
En juin dernier, la Cour suprême du pays, à majorité conservatrice, a mis fin à la discrimination positive dans les procédures d'admission à l'université, faisant ainsi tomber un des grands acquis de la lutte pour les droits civiques.
"Nous n'aimons pas l'idée de juger les gens sur des caractéristiques immuables, que ce soit le genre, la race, la taille, qu'importe", justifie le républicain Jordan Pace. "Nous sommes une société très méritocratique", assure-t-il.
- "Nous virer du campus" -
Mais, face à une histoire marquée par l'esclavage et la ségrégation, à l'origine de fortes inégalités jusqu'à aujourd'hui encore, nombre d'institutions américaines -- entreprises, universités, etc. -- ont mis en place des programmes visant à faciliter l'intégration des minorités au sein de la classe dirigeante.
Carlie Reeves, 19 ans, a ainsi bénéficié, en débutant ses études au sein de l'Université de Louisville, dans le Kentucky, d'une équipe lui disant "tu mérites d'être ici", elle qui est la première de sa famille à aller à l'université et qui, en arrivant, a ressenti que ses professeurs "ne pensaient pas que j'avais ma place ici", se souvient-elle auprès de l'AFP.
S'ajoutent à ce cocon de protection des bourses d'études spécifiques, indispensables pour nombre de familles afro-américaines. Tant d'étudiants qu'elle fréquente "sont là uniquement grâce aux (programmes de) DEI", résume-t-elle.
Mais le 15 mars, des élus du Kentucky ont voté en faveur d'une loi visant à restreindre ces programmes, et Carlie a co-organisé une manifestation sur le campus. "J'ai senti que c'était mon devoir d'informer les étudiants, de dire: +il y a ces gens qui veulent littéralement nous virer du campus, il faut qu'on fasse quelque chose."
Car cette vague législative n'est pas qu'un effet de manche. Début mars, l'Université de Floride a concrètement mis fin à ses programmes et emplois liés aux questions de diversité, conséquence directe de l'offensive du gouverneur Ron DeSantis contre ce qu'il appelle "l'idéologie woke". Même chose au Texas.
Suivant ce modèle, comme l'Idaho, la gouverneure de l'Alabama a ratifié la semaine passée une loi locale interdisant tout programme de DEI dans les universités publiques.
- "Retour en arrière" -
"Je suis extrêmement inquiète", réagit auprès de l'AFP Stephanie Anne Shelton, qui travaille sur ces questions au sein de la faculté d'éducation de l'Université de l'Alabama.
Si des restrictions dans le texte adopté vont lui permettre de maintenir certains enseignements de sensibilisation aux questions de diversité pour les futurs enseignants, elle s'inquiète pour "la liberté d'enseignement".
La loi de l'Alabama, en plus de fermer les bureaux favorisant la diversité dans les universités publiques, leur interdit de forcer personnel et étudiants à adhérer ou être formé à des "concepts qui divisent", listant parmi ceux-ci l'idée qu'il "est nécessaire de s'excuser en raison de sa race".
C'est ainsi que ses détracteurs présentent le concept du "privilège de la peau blanche", selon lequel les personnes blanches bénéficient, sans s'en rendre compte, dans les pays occidentaux, de privilèges sociaux, politiques ou économiques.
Le non-respect de ces clauses peut entraîner un licenciement, note la loi noir sur blanc.
En pleine campagne, le candidat Donald Trump veut porter ces réformes au niveau fédéral. "Dès mon premier jour", a ainsi lancé le républicain le 16 mars, "je signerai un décret pour couper les fonds fédéraux de toute école qui défend la théorie critique de la race ou la folie transgenre".
Ricky Jones, le professeur de panafricanisme, craint lui une conséquence très concrète: avec toutes ces lois, "il y a beaucoup d'universitaires noirs qui ne vont plus postuler en Floride" et ailleurs. Et il alerte sur un possible "retour en arrière" des Etats-Unis sur la question raciale.
U.Maertens--VB