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Avant l'ouverture du Salon de l'Agriculture, premier couac autour du débat voulu par Macron
Sous pression des agriculteurs, encore inassouvis par les promesses et actes du gouvernement, Emmanuel Macron s'apprête à visiter le Salon de l'Agriculture dans un climat tendu samedi après avoir voulu inviter les Soulèvements de la Terre à un grand débat avec le monde agricole, suscitant la colère des syndicats.
"L'invitation par le PR (président de la République, ndlr) au #SIA d'un groupuscule dont la dissolution a été demandée par son propre gouvernement est une provocation inacceptable pour les agriculteurs. J'avais accepté de participer à un débat. Dans ces conditions, je refuse de prendre part à ce qui ne sera qu'une mascarade", a déclaré le patron du premier syndicat agricole, Arnaud Rousseau, sur X jeudi soir.
Il a rapidement été rejoint par son homologue des Jeunes Agriculteurs, Arnaud Gaillot.
Le rétropédalage a été enclenché par l'Elysée une heure plus tard avec l'annonce que le collectif, qualifié un temps d'"éco-terroriste" par Gérald Darmanin, n'était finalement plus invité "pour garantir la sérénité des débats".
Mais le mal était fait et l'opposition a vertement critiqué le choix de l'exécutif. "Décidément, Macron n'incarne rien d'autre que la confusion, le mépris et le désordre", a réagi la cheffe de file de l'extrême droite Marine Le Pen. Le président des Républicains Eric Ciotti a lui dénoncé un "+en même temps+ macroniste (...) insupportable".
L'Elysée avait en fin d'après-midi fait part de son intention d'organiser un débat, format inédit pour la visite d'un chef de l'Etat au Salon de l'agriculture (24 février-3 mars), entre Emmanuel Macron et "l'ensemble des acteurs du monde agricole".
- "Sans filtre" -
Quelques centaines de personnes, responsables syndicaux, industriels et dirigeants d'associations environnementales ou de la grande distribution sont attendues, a indiqué jeudi l'Elysée en précisant qu'Emmanuel Macron souhaitait un échange "le plus riche possible, à bâtons rompus, dans un état d'esprit républicain mais sans filtre".
Il "aura l'occasion de refixer un cap pour l'agriculture française à horizon 2030 en conclusion de ce débat", qui devrait durer au moins deux heures et se tenir dans un "ring", traditionnel lieu de présentation des animaux, a précisé un conseiller présidentiel.
Les diverses annonces du gouvernement et de l'Union européenne depuis le début du mouvement de fronde des agriculteurs semblent les laisser sur leur faim.
Blocages de routes et contrôles dans les supermarchés, les actions coup de poing ont repris de plus belle mercredi après une intervention du Premier ministre Gabriel Attal récapitulant les chantiers engagés ces dernières semaines pour améliorer et simplifier la vie des agriculteurs, sur les pesticides, les saisonniers ou la rémunération.
Deux défilés de tracteurs sont prévus vendredi à Paris.
Le premier, organisé par la Coordination rurale, débouchera vers midi près des Invalides.
Le second, emmené par la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, se terminera devant le Salon de l'agriculture en début de soirée, une veillée d'armes étant prévue avant l'ouverture des portes samedi.
- Aussi "un temps festif" -
Nombre d'agriculteurs interrogés par l'AFP gardent le sentiment de n'avoir pas été complètement entendus et l'impression de mesures sans impact immédiat sur leurs activités, et leur compte en banque.
"Je ne pensais pas encore une fois redescendre dans la rue, je préférerais être dans ma ferme à travailler" mais "des annonces ont été faites et il n'y a toujours rien de concret", pointe Adrien Spriet, venu garer son tracteur jeudi devant la préfecture à Arras.
Bruxelles a encore présenté jeudi de nouvelles propositions pour alléger "la pression" sur les exploitations, assouplissant les règles sur les prairies, limitant le nombre de contrôles et accordant une certaine tolérance en cas de non-respect des règles de la Politique agricole commune (PAC) pendant les épisodes climatiques extrêmes.
Ces mesures, susceptibles d'être adoptées dès mars, seront examinées lundi par les ministres de l'Agriculture des Vingt-Sept.
La FNSEA reconnaît que le salon se présente cette année "comme un temps éminemment politique". Les agriculteurs sont "fortement mobilisés et à l'écoute des avancées qui leur seront présentées", affirme le syndicat dans un communiqué.
Mais l'organisation souhaite aussi que l’événement reste un "temps festif".
L'égérie de l'édition 2024, la vache normande Oreillette, doit en tout cas faire son arrivée au salon dans la matinée vendredi.
L.Stucki--VB