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A l'Epiphanie, les fèves "made in France" marginales face à l'hégémonie asiatique
Peintes à la main, en 3D ou plates... mais principalement produites en Asie car quatre ou cinq fois moins chères: les fèves "made in France" restent marginales dans les galettes des rois en janvier.
Dans ses deux boulangeries, situées à Blois et à Château-Renault, Olivier Grimaud a décidé de se tourner vers une fève fabriquée en France il y a deux ans.
"Il faut être cohérent, on est artisan, on travaille du beurre AOP et de la matière première de qualité, donc il faut aussi qu'à l'intérieur on mette de belles fèves françaises", précise celui dont l'un des établissements a gagné le prix de la meilleure galette française en 2023.
Un choix qui a un coût: pour 9.000 fèves commandées cette année, il a dû débourser environ 90 centimes la fève, contre "une vingtaine de centimes" pour celles importées.
Il y n'a pas de chiffres officiels sur le marché de la fève d'Epiphanie mais, selon les professionnels du secteur, il y aurait entre 60 et 80 millions de fèves vendues chaque année en France, dont près de 95% importées d'usines situées en Asie.
- Un "savoir-faire" au Vietnam -
Une grande partie des fèves sont fabriquées par les usines asiatiques d'une entreprise française, notamment au Vietnam, appelée Prime, qui revendique près de la moitié du marché français, de loin le plus gros dans le monde.
L'entreprise fournit également la Suisse et la Belgique et de manière très occasionnelle d'autres pays où se trouvent des expatriés français.
Malgré quelques fèves fabriquées en France, plus de 90% de sa production vient d'Asie.
"Aujourd'hui, le Vietnam a un vrai savoir-faire sur la miniature et sur la porcelaine et on retrouve vraiment ce qu'attend le marché français en termes de fèves pour l'Epiphanie", indique à l'AFP Emerys Schoumer, le directeur général de la société.
"Si demain on est en capacité en France de faire les mêmes fèves que les usines vietnamiennes", le prix serait "quatre à cinq fois" plus cher, ajoute-t-il.
Pourtant, sans constater une "explosion" dans la demande pour une fève "made in France", le dirigeant constate qu'il y a "une tendance" à aller vers une production locale.
Le groupe Lebhar, situé près de Sens (Yonne), spécialiste de l'emballage alimentaire pour les boulangers-pâtissiers et les traiteurs, est également distributeur de fèves en France.
Pour l'Epiphanie 2024, le groupe a commandé 600.000 fèves à un fabricant en Asie.
Un choix fait "assez naturellement", précise Pauline Beltier, cheffe de produit du groupe, en cohérence avec un critère de finition "très important" et une "sensibilité" quant au choix des thématiques.
- La qualité "pas trop loin de chez nous" -
Face à l'hégémonie asiatique, Elodie Colas Verschoore défend une fève "made in France" dans son atelier artisanal de Clamecy (Nièvre).
"Le prix d'une fabrication en France ne peut pas être le prix d'une fabrication asiatique", concède-t-elle, pointant le coût de la main-d'oeuvre, plus chère en France.
Mais, avec une production de 1,4 million de fèves en "croissance constante", le "+made in France+ redevient une valeur essentielle pour le consommateur", ajoute la codirigeante de la manufacture familiale.
Selon elle, "depuis le Covid, les consommateurs se sont tournés de plus en plus vers la production française par solidarité", permettant "à tout le monde une belle épiphanie".
Un constat que partage Jean-Michel Rojat, gérant de Panessiel, fabricant de fèves en partenariat avec une entreprise employant des salariés ayant un handicap.
Avec un million de fèves produites, l'entreprise a senti une évolution de la demande depuis le Covid car "les gens se sont rendus compte de l'importance de l'origine de leur produit", détaille le gérant.
"Aussi, (les consommateurs) attendent de leurs artisans un engagement local, pour leur pays et leur industrie, qu'ils ne soient pas dans une logique de toujours moins cher (...) mais de qualité qui ne vient pas trop loin de chez nous".
R.Kloeti--VB