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Le cyclisme, l'autre outil de promotion de l'Arabie Saoudite
Cristiano Ronaldo est arrivé en Arabie Saoudite ? Le cyclisme aussi. Avec le Saudi Tour, le royaume ultra conservateur mise, comme d'autres pays du Golfe, sur le vélo pour diversifier son économie et lisser son image avec des moyens colossaux.
Organisé cette semaine dans la région d'Al-Ula, dédale spectaculaire de canyons et de pitons rocheux au nord-ouest du pays, le Saudi Tour ouvre la trilogie des courses par étapes dans la péninsule arabique qui se poursuivra en février par le Tour d'Oman et l'UAE Tour aux Emirats arabes unis.
Autour d'Al-Ula, dans une région grande comme la Belgique, il y a des sites archéologiques classés au patrimoine mondial de l'Unesco comme Hégra, le "Petra saoudien", des dromadaires qui gambadent, beaucoup de sable et très peu de public.
Le plateau de cette course de troisième niveau, est également modeste avec, comme têtes de gondole, le sprinteur néerlandais Dylan Groenewegen, vainqueur de cinq étapes du Tour de France, et le vétéran allemand John Degenkolb, lauréat de Paris-Roubaix et Milan-San Remo, exhibés comme des demi-dieux à toutes les présentations.
Lundi, pour la première étape inévitablement remportée par Groenewegen, ils n'étaient que quelques dizaines de badauds, dont quelques femmes, à s'agglutiner autour de la ligne d'arrivée tracée dans l'oasis de Khaybar.
L'essentiel est ailleurs: la course s'inscrit dans une stratégie globale, partagée par plusieurs Etats voisins, qui, sous le regard souvent critique de l'Occident, ont fait du sport un vecteur de "soft power" et de diversification de leur économie fondée sur les énergies fossiles.
- Tourisme haut de gamme -
Elle se concrétise par le recrutement de stars de foot comme Ronaldo, l'investissement dans des équipes et l'organisation de grands événements comme la Coupe du monde au Qatar, en attendant peut-être un jour les Jeux olympiques.
Le cyclisme n'est pas en reste. Outre les courses, trois des dix-huit équipes du World Tour ont désormais un pays du Golfe comme partenaire majeur: la puissante Team UAE de Tadej Pogacar, double vainqueur du Tour, Bahrain-Victorious, et... Al-Ula qui a porté son investissement à hauteur de sept millions de dollars par an pour devenir co-sponsor titre de l'équipe australienne Jayco (ex-BikeExchange).
"Cela fait partie de notre stratégie consistant à faire d'Al-Ula la capitale du cyclisme en Arabie Saoudite voire au Moyen Orient", explique à l'AFP Philip Jones, en charge de la destination pour la Royal Commission for Al-Ula (RCU), créée en 2017.
Alors que la monarchie pétrolière a ouvert ses frontières aux visiteurs étrangers depuis quatre ans seulement, l'idée est de développer à Al-Ula, stratégiquement placé sur l'ancienne route de l'encens, un tourisme haut de gamme - "surtout pas de grands immeubles, on veut un tourisme durable et responsable", insiste M. Jones - dans des lodges luxueux nichés au coeur des canyons.
Dans cette région au riche patrimoine archéologique encore largement inexploré, la RCU compte notamment proposer bientôt des séjours pour cyclistes pendant la haute-saison, entre octobre et mars, avant la fournaise de l'été.
Ce projet fait partie du pharaonique plan de développement "Vision 2030" lancé par le prince héritier Mohammed ben Salmane, qui prévoit d'investir entre 50 et 100 milliards de dollars dans tout le pays.
- 650 drones -
Alors, tous les moyens sont bons pour en mettre plein la vue, comme lors de la cérémonie d'ouverture qui a convoqué dimanche soir quelque 650 drones au-dessus du rocher emblématique d'Elephant Rock. Pour un show hallucinant, digne d'un événement planétaire, alors que le Saudi Tour reste somme toute une course plutôt confidentielle.
Pendant que les défenseurs des droits humains dénoncent un "sports washing", cette débauche de moyens provoque aussi quelques crispations au sein du peloton.
"Le cyclisme mondial demande de plus en plus d'investissement avec des finances qui arrivent des Émirats ou d'Arabie saoudite. Il faut trouver des ressources pour faire face", constate le manager général de l'équipe française AG2R-Citroën Vincent Lavenu.
Les coureurs, eux, marchent sur des œufs, à l'image de John Degenkolb qui appartient à l'équipe néerlandaise DSM. "On fait partie d'un système et ce n'est pas évident de refuser les propositions. Les coureurs en profitent mais je pense que la région ici aussi", souligne l'Allemand auprès de l'AFP.
Groenewegen aussi retient d'abord les "paysages époustouflants" et "l'enthousiasme des gamins" lorsqu'ils ont pu toucher son vélo lors d'une visite dans la vieille ville d'Alula.
Les organisateurs d'Amaury Sport Organisation (ASO) disent, eux, vouloir "continuer à développer le cyclisme dans la région" et envisagent déjà la création d'un Saudi Tour féminin, alors que l'UAE Tour propose une telle déclinaison dès cette année.
D.Schneider--BTB