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Parler d'Israël "avec nuance": le pari de l'historien Elie Barnavi
"Par les temps qui courent, ce livre est assez téméraire", reconnait l'historien israélien Elie Barnavi qui publie le "Dictionnaire amoureux d'Israël", un "portrait nuancé" d'un pays "sur lequel chacun a un avis tranché".
"Ce n'est pas le meilleur moment pour écrire un tel livre sur Israël, au milieu d'une nouvelle guerre, mais y a-t-il jamais un bon moment?", s'interroge Elie Barnavi, de passage à Paris pour présenter son nouvel ouvrage.
Ce livre volumineux de 600 pages est le dernier en date de la collection à succès "Dictionnaire amoureux de..." publié par Plon depuis 2000.
Il est le premier à traiter spécifiquement d'Israël, mais "tout n'est pas amour dans ce Dictionnaire amoureux, loin s'en faut", précise à l'AFP Elie Barnavi, qui l'a écrit à la demande de l'éditeur.
Dans l'avant-propos, l'auteur de 80 ans se présente comme "un patriote exécrant le nationalisme, un homme de gauche sans dogmatisme, un juif de culture et d'identité mais sans religion" et "un partisan résolu de la solution à deux Etats".
Cet ancien ambassadeur d'Israël en France, de 2000 à 2002, sait qu'il "agace pas mal de gens" au sein de la communauté juive. Mais il revendique "un livre d'historien", où ce qui est écrit "doit être absolument vrai".
Son dictionnaire comporte près de 150 entrées, qui dessinent un portrait culturel, social, politique et religieux d'Israël, "l'un des pays les plus complexes et étranges" au monde.
"Je suis souvent étonné, abasourdi, par l'ignorance des gens quand ils parlent d'Israël. C'est souvent de manière abrupte, globale et polémique, sans nuance", déplore Elie Barnavi.
Il consacre ainsi plusieurs chapitres à expliquer le sionisme, le mouvement national juif, qu'il serait, selon lui "faux d'imaginer comme un bloc monolithique comme ses adversaires le voient de nos jours. Il est pluriel, riche en tendances très diverses et souvent antagonistes".
- Sans Netanyahu -
Considérant que la personnalité de l'histoire d'Israël la plus importante a été David Ben Gourion, l'un de ses fondateurs, Elie Barnavi n'a pas voulu écrire sur les dirigeants vivants.
"De toute façon, il est difficile d'en trouver qui méritent qu'on en parle. Le seul serait (le Premier ministre) Benjamin Netanyahu, mais je suis content de ne pas avoir à en parler", précise-t-il.
"Le Dictionnaire amoureux d'Israël" parait simultanément avec "Le nouveau Dictionnaire amoureux de la Palestine", publié en 2010 et actualisé par son auteur, l'historien et poète Elias Sanbar.
Toujours au coeur de l'actualité mondiale, Israël reste aussi omniprésent dans les librairies, à l'image d'"Aimer Jérusalem" (Gallimard), un essai du romancier et philosophe Nathan Devers qui interroge sa judéité après le choc provoqué par les événements du 7 octobre 2023.
"Comment un pays peut-il continuer à vivre quand il est confronté au fait de sa disparition possible?", demande-t-il.
Dans "Israël: une course vers l'abîme" (Seuil), à paraître le 7 mai, l'historien israélo-américain Omer Bartov, spécialiste de la Shoah, dresse un portrait particulièrement sombre de l'évolution d'Israël.
Seule la pression internationale "est capable de sauver Israël des forces néfastes qui, jour après jour, l'envahissent et la transforment en une société autoritaire, messianique, irrationnelle, répressive", écrit-il.
Pour leur part, l'historien Vincent Lemire et l'ancien diplomate européen Bernard Philippe voient dans la ville de Jérusalem l'une des clés d'un règlement du conflit israélo-palestinien.
"Il est peut-être temps d'opérer une révolution radicale: ne plus attendre la paix pour régler le problème de Jérusalem, mais partir de Jérusalem pour préparer la paix", avancent-ils dans "Jérusalem, l'histoire n'est jamais écrite" (Albin Michel), en librairie le 30 avril.
C.Kreuzer--VB