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Chef "incontestable" du clan Yoda, Félix Bingui nie tout lien avec le narcotrafic
Présenté comme le chef "incontestable" du clan Yoda, Félix Bingui a nié lundi, au premier jour de son procès, toute implication dans le réseau criminel qui a contrôlé l'un des plus juteux points de deal de Marseille avant d'être défait par la DZ Mafia au terme d'une guerre sanglante.
Crâne rasé, sweat-shirt noir, "Féfé" alias "Le Chat", extradé en janvier 2025 du Maroc, a réaffirmé, devant le tribunal correctionnel de Marseille, n'avoir "rien à voir" dans le trafic dont il est accusé.
"J'ai commencé minot à avoir de mauvaises fréquentations, mais après, j'ai fait des efforts", a déclaré celui qui cumule 13 inscriptions à son casier judiciaire, dont six prononcées par un tribunal pour enfants. Sa dernière condamnation, prononcée par défaut, à six ans de prison pour trafic de drogue remonte à octobre 2024, alors qu'il était incarcéré au Maroc.
Jusqu'au 5 juin, cet homme de 35 ans à la carrure de boxeur, père de trois enfants, sera jugé aux côtés de 19 coprévenus, dont deux sous le coup d'un mandat d'arrêt, pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment, le tout en récidive.
Pendant deux ans, d'août 2021 à juin 2023, les enquêteurs ont surveillé, écouté, suivi les prévenus, tous membres présumés du clan Yoda, mis en cause pour la gestion de plusieurs points de vente des quartiers Nord, principalement celui de "La Fontaine", situé à l'entrée de la cité de la Paternelle.
- Vuitton et classe affaires -
C'est cette cité d'à peine 700 habitants mais avec un accès direct à l'autoroute A7, qui sera début 2023 au cœur de la guerre de territoires entre les Yoda, du nom du maître Jedi de Star Wars,et la future DZ Mafia à Marseille. En quelques mois, la cité phocéenne enregistrera un record de 49 narchomicides dont 35 liés à ces rivalités.
Appartements "nourrices" (d'armes ou drogues), lignes téléphoniques dédiées, communications cryptées : Félix Bingui, qui alterne entre séjours à l'étranger et passages à Marseille, avait, selon l'enquête, mis en place un réseau "particulièrement organisé", avec à sa tête "un cercle restreint de proches sur lesquels il s'appuie".
Le procès abordera également le train de vie somptuaire des accusés, qui pour la plupart ne déclaraient aucun revenu, mais multipliaient les voyages à l'étranger en classe affaires, les séjours dans des hôtels de luxe, les achats chez Vuitton, Hermès ou Louboutin.
Bénéficiant d'un statut de résident à Dubaï, Bingui y possèderait plusieurs biens, dont une villa achetée sur plan pour deux millions d'euros, ce qu'il nie.
"J'ai quitté la France en 2021", a affirmé lundi Félix Bingui, qui comparaît détenu, comme deux autres prévenus.
Alors installé, à Marbella, en Espagne, avec femme et enfant, il dit vivre de ses "économies", réalisées grâce à une activité de revente de voitures achetées en Suisse, menée pendant ses cinq années de prison, à laquelle s'ajouteraient ses talents dans les paris sportifs.
"Mais comment avez-vous pu gérer cette activité en prison?", l'interroge la présidente du tribunal. "Avec mon téléphone portable", répond Bingui
Après six mois en Espagne, il part pour Dubaï "travailler dans une conciergerie". Il explique ses multiples voyages entre les Emirats, l'Espagne et Marseille, par le besoin de voir ses enfants et les obligations de sa conditionnelle.
- "Scandale judiciaire" -
"Il n'y a pas grand-chose dans ce dossier", a affirmé à la presse l'avocat de Bingui, C, qui a réclamé l'audition de trois policiers, mis en examen dans l'affaire dite "Trident" portant sur des dérives de l'Office antistupéfiants (Ofast) de Marseille, et à l'origine selon lui, de "80% des actes d'investigation" dans cette affaire.
"Ce trio d'enquêteurs s'est montré prêt à tout pour faire tomber" un trafiquant, "au point de risquer leur carrière, leur vie. Ont-ils fait de même pour Bingui", s'est-il interrogé, avant que le tribunal ne décide de joindre sa décision au fond, rejetant ainsi la demande d'auditions au cours du procès.
Mettant en garde contre un "scandale judiciaire potentiel", Me Ohayon a rappelé que son client encourait "jusqu'à 20 ans de prison, ce qui est rare en correctionnelle".
P.Staeheli--VB