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Procès d'OpenAI: un cofondateur décrit un Elon Musk menaçant et assoiffé de pouvoir
Au procès intenté par Musk, le président d'OpenAI Greg Brockman a tenté mardi de corriger l'image laissée la veille: il a décrit non pas des fondateurs cupides ayant trahi un bienfaiteur, mais des ingénieurs ayant résisté à un multimilliardaire assoiffé de pouvoir et menaçant.
Elon Musk, qui avait pris sous son aile les fondateurs d'OpenAI à leurs débuts, poursuit en justice Sam Altman et les créateurs de ChatGPT, les accusant d'avoir détourné ses dons (38 millions de dollars) pour bâtir un empire commercial désormais valorisé à plus de 850 milliards de dollars.
OpenAI, débuté comme une fondation à but non lucratif, rétorque que son virage commercial était non seulement inévitable mais concerté avec Elon Musk, parti de son plein gré après avoir échoué à obtenir les pleins pouvoirs.
Il est aussi devenu leur concurrent, avec sa société xAI et son modèle Grok.
Mardi, l'avocate d'OpenAI Sarah Eddy a conduit plus de 2H30 de contre-interrogatoire, laissant Greg Brockman se raconter librement pour reconstruire son image aux yeux du jury.
La veille, l'avocat d'Elon Musk avait malmené l'ingénieur de 38 ans en retournant contre lui les confidences retrouvées dans un carnet, pour tenter de le dépeindre en entrepreneur cupide et calculateur.
A l'été 2017, alors que les négociations sur la création d'une structure commerciale s'enlisent, Elon Musk offre des Tesla à Brockman et au chercheur Ilya Sutskever. Un texto du second au premier résume le malaise: "Est-ce qu'une Model 3 te convaincrait d'accepter des conditions totalement défavorables?".
"Ça ressemblait à une tentative de nous acheter" pour accepter que Musk devienne PDG et actionnaire majoritaire, a commenté Greg Brockman. Avant de raconter, ému, une colère du multimilliardaire survenue lorsque les deux hommes se sont rendus chez Elon Musk pour lui signifier leur refus de lui céder le "contrôle absolu".
"Je pensais vraiment qu'il allait me frapper", a assuré Greg Brockman. Elon Musk a selon lui décroché un tableau représentant une Tesla, peint et offert par Ilya Sutskever, et est sorti de la pièce en trombe en lançant: "Quand comptez-vous quitter OpenAI?".
L'avocate d'OpenAI a ensuite repris, entrée par entrée, les notes du carnet de Greg Brockman pour lui donner une chance de prouver sa sincérité.
En novembre 2017, l'ingénieur écrivait par exemple, à propos d'Elon Musk: "Lui dérober la fondation. Basculer en société commerciale sans lui. Ce serait une banqueroute morale".
"C'est très douloureux" de voir ces "pensées en vrac", "des écrits très personnels, jamais destinés au monde", devenir pièces à conviction, très commentées dans la Silicon Valley. "Mais il n'y a rien là-dedans dont j'ai honte", a-t-il déclaré.
- Loups et moutons -
Ses parts dans OpenAI sont évaluées à 30 milliards de dollars, a admis lundi ce plus fidèle compagnon de route de Sam Altman, présent dans la salle avant son témoignage attendu probablement la semaine prochaine.
OpenAI dépense cette année 50 milliards de dollars en puissance de calcul, contre environ 30 millions en 2017, a encore raconté Greg Brockman, pour illustrer le gouffre financier sur lequel butait la structure philanthropique initiale face à ses concurrents de chez Google.
Aux yeux d'OpenAI, tout prouve qu'Elon Musk n'ignorait rien du virage commercial nécessaire et sa plainte, déposée en 2024 après le lancement de son laboratoire rival xAI, est donc prescrite.
En septembre 2017, le multimilliardaire s'irritait encore dans un email collectif: "J'en ai marre. (...) Soit vous faites votre truc de votre côté, soit vous restez chez OpenAI en tant que fondation à but non lucratif. Je ne suis qu'un idiot qui finance gratuitement la création d'une startup."
Il propose alors une autre voie: absorber OpenAI dans Tesla et poursuivre le graal de l'IA, à un niveau dépassant les capacités humaines, mais sans prévenir les actionnaires, a rapporté Greg Brockman.
Quand Elon Musk annonce finalement son départ d'OpenAI, en février 2018, il dit à la cinquantaine d'employés de l'époque vouloir développer l'IA au sein de Tesla, mais sans se préoccuper de la sécurité, s'est souvenu l'ingénieur.
"Si ce sont les moutons qui dictent la sécurité et pas les loups, ça n'a aucun sens", prononce-t-il alors d'après Greg Brockman, en mission pour contrecarrer l'autoportrait dressé la semaine dernière par Elon Musk.
L'entrepreneur s'était dépeint un bienfaiteur éthique, soucieux de développer l'IA hors de mains cupides, pour protéger l'humanité de la destruction.
E.Burkhard--VB