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Pour Charles III, trois ans de règne dans la douleur
Cela fait moins de trois ans que le roi Charles III a été couronné mais son règne est déjà marqué par une série d'épreuves et de crises majeures, qui ont culminé jeudi avec l'arrestation de son frère Andrew, une première dans l'histoire moderne de la famille royale.
"Qu'il s'agisse de son fils cadet, Harry, de sa mauvaise santé, de celle de Kate, ou encore des problèmes (...) avec Andrew, Charles III a été confronté à une succession de difficultés et de crises" depuis qu'il est roi, résume le commentateur royal et auteur Ed Owens, dans une interview à l'AFP.
Après avoir longtemps attendu son tour, Charles III est monté sur le trône en septembre 2022, au décès de sa mère, la reine Elizabeth II, qui a régné 70 ans et était adorée des Britanniques.
Il a été couronné le 6 mai 2023, lors d'une cérémonie marquée par tout le faste dont la monarchie britannique est capable.
Mais quatre mois plus tôt, l'horizon s'était déjà assombri pour le nouveau monarque, aujourd'hui âgé de 77 ans.
Son fils Harry a publié en janvier 2023 ses mémoires explosifs, "Spare" ("Le Suppléant"), dans lesquels il multiplie les attaques contre la famille royale et étale leurs querelles devant le monde entier.
Volontairement exilé depuis 2020 en Californie avec son épouse Meghan, il a été accusé de salir la vénérable institution à des fins mercantiles.
Harry a tenté depuis de se rapprocher de son père, sans parvenir à faire oublier la brouille.
Charles a aussi annoncé en février 2024 se battre contre un cancer - sans en préciser la nature - ce qui l'a contraint à réduire ses ambitions.
- Arrestation historique -
Quelques semaines après, nouveau coup dur : la très populaire princesse Kate, l'épouse du prince-héritier William, a révélé souffrir elle aussi d'un cancer.
Si elle a indiqué depuis être en rémission, et si Charles lui-même a pu annoncer en décembre un allègement de son traitement, la maladie reste très présente : Charles rend régulièrement visite à des malades du cancer, notamment pour encourager la prévention.
Mais la plus grosse tempête est venue des Etats-Unis et des liens de son frère Andrew avec le financier et pédocriminel américain Jeffrey Epstein.
Dès 2011, la presse a publié une photo montrant Andrew tenir par la taille Virginia Giuffre, la principale accusatrice d'Epstein.
Bien qu'elles arrivent par bourrasques irrégulières, les informations compromettantes pour Andrew se sont multipliées ces derniers mois.
En octobre, Charles espérait avoir éloigné la tourmente en retirant tous ses titres à Andrew.
Mais la publication de nouveaux documents par le ministère américain de la Justice fin janvier a encore davantage entaché l'ex-prince.
Il a été arrêté et gardé des heures en garde à vue jeudi, soupçonné d'avoir transmis des informations confidentielles à Epstein.
Face à cette disgrâce historique, Charles III a affirmé, dans un rare communiqué, que "la justice doit suivre son cours", tout en soulignant sa "plus profonde inquiétude".
- "Regagner l'affection" -
Depuis, les experts royaux comparent la situation aux graves crises qu'a traversées la monarchie britannique au XXe siècle : 1936, l'abdication du roi Edouard VIII, ou 1997, la mort de la princesse Diana, ex-épouse de Charles.
Dans les deux cas, il a fallu à la famille royale "plus d'une décennie pour stabiliser l'institution et regagner l'affection et la loyauté du grand public", explique Ed Owens.
Pour Pauline Maclaran, professeure à l'université Royal Holloway et spécialiste de la famille royale, il y a "une part de malchance" dans les difficultés de Charles.
Mais concernant Andrew, le roi a hérité d'un dossier négligé par Elizabeth II.
"La reine le protégeait", dit-elle. "Donc une partie de ce que nous voyons aujourd'hui vient du fait qu'Andrew n'a plus aucune protection".
Pour Ed Owens, Charles aurait dû s'occuper de "cette bombe non explosée" dès le début de son règne.
"Cet épisode pourrait causer un préjudice considérable à l'institution monarchique", "nuire à son autorité morale" comme à celle de Charles, poursuit-il.
La monarchie passe par "une période assez instable", mais "cela devait arriver après le décès de la reine", qui avait donné "un grand sentiment de continuité", nuance Pauline Maclaran.
Pour elle, Charles mais aussi William doivent travailler à "rétablir la confiance du public, qui a été ébranlée".
"William a affirmé qu'il allait changer les choses, être un roi plus moderne à l'image d'autres monarchies européennes. Il doit vraiment insister là-dessus maintenant", dit-elle.
D.Bachmann--VB