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Retours de bâton pour Vivendi, sermonné par la Commission européenne et l'AMF
Double revers pour Vivendi: accusée par la Commission européenne d'avoir anticipé sa prise de contrôle de Lagardère, la société dans le giron de Vincent Bolloré a également vu vendredi le gendarme boursier français tancer la mise en oeuvre de sa scission fin 2024.
Dans une première décision rendue dans la matinée, l'Autorité des marchés financiers (AMF) française a demandé au milliardaire de déposer une offre pour racheter les actions de Vivendi qu'il ne détient pas déjà, alors que c'est ce qu'il voulait précisément éviter lors de cette scission.
Vivendi avait alors été découpé en quatre entités cotées: Canal+ (médias) à Londres, Havas (communication) à Amsterdam, Louis Hachette Group (édition) à Paris sur le marché Euronext Growth et la holding, qui est restée en Bourse à Paris.
L'AMF avait été saisie par le fonds Ciam, actionnaire minoritaire de la société, qui contestait l'opération.
- Indemnités -
Le gendarme de la Bourse de Paris avait initialement estimé que le groupe Bolloré, ne pouvant "pas être considéré comme contrôlant Vivendi", dont il détient directement 29,9%, n'avait pas à lancer une offre publique de retrait.
Mais la cour d'appel de Paris avait ensuite demandé à l'AMF de réexaminer sa décision. Dans son nouvel avis, celle-ci a décidé que la société Bolloré et Vincent Bolloré étaient "tenus au dépôt d'un projet d'offre publique de retrait" (OPR) des titres Vivendi dans un délai de six mois.
Elle considère en effet que la part de Bolloré dans Vivendi dépasse le seuil des 30 % en intégrant les actions auto-détenues par le groupe (3,7% du capital), soit le seuil qui déclenche en France l'obligation de lancer une OPR pour racheter les titres restants.
Cela ne remet pas en cause la scission, mais pourrait à terme aboutir au versement d'importantes indemnités aux actionnaires.
Le groupe Bolloré n'a pas souhaité réagir.
A la Bourse de Paris, le cours de l'action Vivendi a terminé en forte hausse de 13,26% à 3,33 euros, les actionnaires s'attendant à bénéficier d'une prime au moment de l'offre.
Mais, douche froide en fin de journée: la Commission européenne a accusé le groupe français d'avoir enfreint les règles de l'UE en matière de concurrence en prenant trop tôt le contrôle du groupe Lagardère, à l'issue de son rachat fleuve.
Elle estime en effet que le groupe exerçait "une influence" éditoriale "déterminante" sur plusieurs médias de Lagardère avant que la prise de contrôle soit notifiée à Bruxelles le 24 octobre 2022.
Vivendi encourt une amende pouvant atteindre 10% de son chiffre d'affaires total. Celui-ci s'est élevé à 292 millions d'euros en 2024, après la scission. Avant cette opération, il avait atteint un peu plus de 10 milliards d'euros en 2023.
- Vivendi conteste -
Aussitôt, le groupe a indiqué qu'il "contestait les allégations de la Commission européenne" et "répondrait" aux griefs "afin d'obtenir sa mise hors de cause et la clôture de l'enquête", selon un communiqué.
L'annonce de Bruxelles vendredi "marque seulement l'ouverture de la phase contradictoire de la procédure", a insisté l'entreprise.
Selon l'enquête de la Commission, Vivendi surveillait "de près" et intervenait régulièrement dans les décisions stratégiques concernant la ligne éditoriale, ainsi que les couvertures et les articles des magazines et journaux du groupe Lagardère, Paris Match et le Journal du Dimanche, ainsi que de la radio Europe 1.
Bruxelles reproche aussi à Vivendi son intervention dans les décisions relatives aux licenciements et recrutements de journalistes pour ces médias.
La Commission européenne avait annoncé il y a deux ans l'ouverture d'une enquête formelle, peu après avoir accordé à Vivendi l'autorisation d'absorber son ancien rival, à condition de céder sa filiale édition et le magazine Gala.
L'ONG Reporters sans frontières avait réclamé une telle enquête, "compte tenu des nombreux signaux attestant d'une emprise croissante de Vincent Bolloré".
A Paris Match par exemple, l'arrivée en septembre 2022 de Laurence Ferrari pour succéder au rédacteur en chef Bruno Jeudy avait été interprétée comme une marque de la mainmise du milliardaire breton, alors premier actionnaire de Lagardère.
Bruno Jeudy avait dénoncé l'absence de une consacrée à Emmanuel Macron au lendemain de sa réélection à la présidence française en 2022 et la couverture dédiée au cardinal ultra-conservateur Robert Sarah.
En 2021, Europe 1 avait pour sa part annoncé un rapprochement avec la très conservatrice chaîne d'informations CNews, propriété de Vivendi, entraînant une vague de départs volontaires ou contraints après une grève historique, sur fond de craintes concernant la droitisation de la radio.
Interrogé vendredi par l'AFP, Lagardère n'a pas souhaité faire de commentaire. Il a été absorbé en novembre 2023 par Vivendi et fait désormais partie de Louis Hachette Group.
A.Kunz--VB