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L'ex-président sud-coréen Yoon Suk Yeol retourne en prison
L'ancien président sud-coréen Yoon Suk Yeol, poursuivi pour sa tentative ratée d'imposer la loi martiale en décembre, est retourné en prison jeudi sur ordre d'un juge qui a dit craindre une destruction de preuves.
M. Yoon, destitué en avril, avait déjà effectué un séjour en détention de janvier à mars, devenant le premier chef d'Etat en titre à être arrêté dans l'histoire de la Corée du Sud. Il avait fini par être remis en liberté pour vice de procédure.
Au terme de sept heures d'audience mercredi au tribunal du district central de Séoul, le juge Nam Se-jin a délivré un mandat d'arrêt contre l'ancien président, à la demande du parquet qui l'accusait de chercher à "détruire des preuves".
M. Yoon a été immédiatement emmené en fourgon cellulaire au centre de détention de Séoul à Uiwang, au sud de la capitale.
Yoon Suk Yeol, 64 ans, avait sidéré la Corée du Sud dans la nuit du 3 au 4 décembre en instaurant soudainement la loi martiale et en envoyant l'armée au Parlement pour le museler. Il avait dû faire marche-arrière quelques heures plus tard, sous la pression des députés et de milliers de manifestants.
Sa décision, soutenue par des leaders religieux extrémistes et YouTubeurs d'extrême droite, avait créé une crise politique sans précédent en Corée du Sud.
Ce coup de force raté lui a valu d'être destitué début avril et d'être jugé pour "insurrection", un crime passible de la peine de mort ou de la prison à vie, et pour "abus de pouvoir".
- Au régime pomme de terre -
Une nouvelle audience de son procès s'est tenue jeudi mais, pour la première fois, M. Yoon n'était pas présent.
La procureure Park Ji-young a affirmé jeudi que, même si le statut d'ancien chef de l'Etat de M. Yoon serait "dûment pris en considération", il serait traité "comme n'importe quel autre suspect".
L'ex-président est enfermé seul dans une cellule équipée d'un ventilateur mais non-climatisée, alors même que la Corée est actuellement écrasée par la canicule. Selon des documents officiels, son petit-déjeuner réglementaire jeudi a consisté en des pommes de terre à l'eau et du lait.
Sa détention provisoire a été prononcée pour une durée initiale de vingt jours, délai dont dispose le procureur spécial Cho Eun-suk en charge de l'équipe d'enquête pour présenter de nouvelles charges contre lui.
Peu après son arrivée au pouvoir en juin, le nouveau président sud-coréen Lee Jae Myung a approuvé une loi instituant ce procureur spécial, chargé d'enquêter en profondeur sur la proclamation de la loi martiale et sur d'autres crimes reprochés à M. Yoon, à son gouvernement et à son épouse.
Le procureur spécial et son équipe enquêtent, entre autres, sur la résistance opposée par l'ex-président à une première tentative d'arrestation à son domicile en janvier, et sur des accusations selon lesquelles il aurait envoyé des drones sur Pyongyang pour créer un incident militaire justifiant la loi martiale.
M. Yoon a ignoré à plusieurs reprises les convocations du procureur spécial
Yoon Suk Yeol avait justifié sa tentative de coup de force par le fait que des "forces anti-étatiques" paralysaient l'action de son gouvernement, le Parlement, contrôlé par l'opposition, faisant obstruction à quasiment toutes ses initiatives.
En confirmant à l'unanimité le 4 avril la destitution de M. Yoon, la Cour constitutionnelle avait qualifié ses actes de "trahison de la confiance du peuple" et de "déni des principes de la démocratie".
"Une fois que Yoon sera inculpé, il pourrait rester détenu pendant un maximum de six mois", a déclaré à l'AFP Yun Bok-nam, président d'une société d'avocats.
Même si en théorie, M. Yoon peut être remis en liberté à n'importe quel moment par le juge, "le procureur spécial soutient que les risques de destruction de preuves sont élevés et que les charges sont déjà étayées substantiellement", a ajouté M. Yun.
Pendant l'audience de mercredi, les avocats de l'ancien président ont estimé que son retour en prison serait déraisonnable, car il a été destitué et "ne détient plus aucune autorité".
G.Haefliger--VB