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Öcalan, l'icône kurde prête à embrasser la paix
"L'oncle" de la cause kurde dépose les armes. Vingt-six ans après son arrestation, Abdullah Öcalan, fondateur et figure historique du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) renonce au combat en évoquant "l'impasse" de la lutte armée.
"Je crois au pouvoir de la politique et de la paix sociale et non des armes" professe à 76 ans le chef historique de la guérilla kurde depuis sa prison au large d'Istanbul, exhortant ses forces à le suivre sur ce nouveau chemin tracé depuis l'hiver.
Malgré l'éloignement et le silence qui lui étaient imposés, "Apo" (l'oncle en kurde) comme l'appellent affectueusement ses partisans, a continué d'incarner la cause kurde en Turquie, où quatre décennies de violences ont fait au moins 45.000 morts.
La communauté kurde représente un cinquième des 85 millions d'habitants de Turquie, selon les estimations.
Arrêté en 1999 au Kenya, emprisonné depuis sur l'île d'Imrali, le vieux leader a officiellement tourné une page en appelant fin février son parti à se dissoudre.
Réunis en mai en congrès, les commandants du PKK, repliés dans les montagnes d'Irak, ont répondu favorablement à cet appel et procéderont comme il le souhaite, vendredi, à un premier dépôt d'armes symbolique.
A deux reprises au moins par le passé, Abdullah Öcalan a tenté de conclure un cessez-le-feu.
Répondant favorablement à l'offre de dialogue initiée à l'automne dernier par Ankara, par l'intermédiaire du parti prokurde DEM, il s'est employé à ramener la question kurde "du terrain de la violence au terrain de la politique", se disant "prêt à prendre les mesures nécessaires".
- Perpétuité -
Né le 4 avril 1949 dans une famille paysanne du village d'Ömerli, à la frontière syrienne, Abdullah Öcalan a rejoint l'extrême gauche pendant ses études en sciences politiques à Ankara.
En 1978, il fonde le PKK, d'obédience marxiste-léniniste et, deux ans plus tard, rejoint la Syrie, puis la plaine libanaise de la Bekaa alors sous contrôle syrien, où il installe son quartier général.
L'idée est d'arracher la création d'un Etat kurde les armes à la main.
Aux attaques du PKK répond la répression féroce d'Ankara qui le qualifie de groupe "terroriste". Le sud-est du pays plonge progressivement dans un état de quasi guerre civile, des villages sont incendiés et rasés.
Contraint en 1998 de quitter la Syrie sous la pression turque, il erre en Europe avant d'échouer au Kenya où il est capturé par les services secrets turcs.
Ramené en Turquie, condamné à mort, il voit sa peine commuée en détention à perpétuité et à l'isolement quand la peine capitale est supprimée en 2002.
- "il incarne la cause" -
Ankara pensait en l'arrêtant avoir décapité le PKK mais son enfermement a renforcé son aura auprès de ses fidèles. Même si le commandement militaire, réfugié en Irak, lui a échappé de fait.
"Öcalan est resté l'acteur de référence", a estimé Hamit Bozarslan, directeur d'études à l'EHESS, à Paris. "Pour une grande partie des Kurdes, (…) c'est l'oncle qui incarne non seulement la cause, mais la nation kurde dans sa totalité".
Après plusieurs tentatives avortées de cessez-le-feu, il commande dans les années 2000 au mouvement de renoncer à l'idée d'un Etat kurde indépendant au profit d'une autonomie politique au sein de la Turquie.
Mais en 2015, après deux ans d'apaisement et de négociation avec Ankara sur les droits culturels des Kurdes et leur représentation politique, le conflit flambe à nouveau dans le sud-est du pays, à majorité kurde, dévastant notamment la vieille ville de Diyarbakir.
Abdullah Öcalan déplorera l'année suivante que "tant de gens (soient) morts" dans "une guerre où aucun camp ne peut l'emporter", selon des propos rapportés par son frère Mehmet.
Mercredi, dans un message vidéo en turc, il a confirmé avoir tourné la page: "Le mouvement PKK, dans sa quête d'un État séparé et sa stratégie de guerre de libération nationale, est terminé", évoquant "une impasse".
Pour l'heure le vieux chef est toujours en prison et ne réclame pas d'en sortir. En ce sens, note l'historien des mouvements kurdes Boris James, "il contredit les conditions posées par le PKK qui demandait son élargissement afin qu'il puisse mener à bien le processus de paix.
"Il reste le +Serok+, le chef, mais il n'est plus le coordinateur d'une action: il se positionne en tant que guide du mouvement, mais pas comme un leader organisationnel" estime le chercheur.
R.Buehler--VB