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Le dur quotidien des derniers chevaux parcourant la capitale indonésienne
Dans une étable sommaire sous une rampe d'autoroute de la capitale indonésienne Jakarta, des camions passent à côté de maigres chevaux aux côtes saillantes, attachés à des piliers.
Ces bêtes sont utilisées pour tirer des calèches en bois appelées "delman", très répandues sous la colonisation hollandaise mais en voie de disparition aujourd'hui face aux moto-taxis.
Il reste quelques centaines de ces attelages, principalement pour transporter des touristes. Cependant, les chevaux travaillent souvent dans des conditions si difficiles que les protecteurs des animaux réclament la fin de cette tradition.
"Dieu merci, ici au moins les chevaux sont protégés de la chaleur du soleil et de la pluie", dit à l'AFP Sutomo, un conducteur de calèche de 52 ans, sous l'autoroute.
Dans les rues animées du centre de Jakarta, on peut entendre les cloches des calèches tinter au rythme des sabots sur fond de bruit de moteurs et de klaxons des voitures.
Sutomo explique qu'un trajet de 4,5 kilomètres autour du Monas, monument en forme d'obélisque au centre de la capitale, ne lui rapporte que 50.000 roupies (3 euros), deux ou trois fois par jour.
"Lorsqu'on a peu de revenus, mon fils, qui travaille dans une entreprise, partage une partie de son salaire". "Cela permet au moins de nourrir ma famille. Mais nous devons réduire la nourriture du cheval", observe-t-il.
Les maigres recettes des propriétaires de chevaux les empêchent de soigner et d'alimenter correctement leurs montures, qui subsistent dans des conditions déplorables, selon les militants.
D'après les estimations, quelque 200 chevaux sont encore en service dans une vingtaine d'écuries, dont un campement sordide de 15 chevaux vu par l'AFP, entouré d'ordures et de débris de plastique, à côté d'une rivière polluée et malodorante.
"Les conditions sont vraiment, vraiment mauvaises", affirme Karin Franken, cofondatrice de Jakarta Animal Aid Network (JAAN), une ONG qui veut protéger les chevaux delmans depuis 2014.
"Ils ne traitent pas les chevaux très bien (...) mais de manière très agressive, très brutale".
- Maltraitance extrême, négligence -
Pour les touristes, les delmans peuvent apparaître comme un attelage pittoresque, avec des décorations colorées et des petites cloches qui tintent avec la course des chevaux.
Néanmoins, certains propriétaires ont encore recours à des traitements traditionnels cruels, notamment en perçant les muscles du cheval avec des tiges de bambou pour y faire passer une corde afin de "nettoyer" son sang.
Pendant la pandémie de Covid-19, des chevaux sont même morts de faim, assure Mme Franken, qui réclame que les delmans soient progressivement retirés de la circulation.
"La vie d'un cheval delman, en particulier à Jakarta, est vraiment terrible", souligne-t-elle.
Bien qu'il existe une loi nationale sur la protection des animaux, il y peu de contrôles, selon son ONG.
Les autorités locales disent être attachées au bien-être des animaux, mais avoir peu de moyens propres.
"Nous avons besoin d'un soutien extérieur pour pouvoir fournir des services tels que des examens médicaux gratuits", explique à l'AFP Suharini Eliawati, directrice de l'agence chargée de l'alimentation, de la mer et de l'agriculture à Jakarta.
Toutefois, "les propriétaires doivent respecter les règles de protection des animaux", appelle-t-elle.
L'ONG JAAN tente également d'enseigner aux conducteurs de delman comment mieux traiter les chevaux, en échange de soins médicaux gratuits pour les animaux.
Mais nombre d'entre eux refusent, invoquant des traditions ou des questions financières.
"Ils peuvent à peine subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, sans compter ceux des chevaux. C'est très triste", poursuit Mme Franken.
"Il existe malheureusement encore des cas de maltraitance ou de négligence extrêmes".
Si les jeunes cochers de delman ne rejettent pas l'idée d'une reconversion, comme conducteur de moto-taxi, les plus âgés s'y refusent, considérant que "c'est la seule chose qu'ils peuvent faire", relève Mme Franken.
Des propriétaires de delman persisteront probablement à essayer de gagner un peu d'argent avec cette activité, même si leurs chevaux peinent à survivre.
"J'aime les animaux et j'aime aussi ce travail", affirme Novan Yuge Prihatmoko, qui dit gagner jusqu'à 150.000 roupies (près de 9 euros) par jour en parcourant avec son cheval l'ouest de Jakarta.
"Je me sens bien, alors pourquoi pas ? Je continuerai à le faire pour gagner ma vie".
F.Stadler--VB