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Nvidia, grand argentier de l'écosystème IA, entre risque de bulle et investissement avisé
Le géant américain des puces Nvidia a engagé plusieurs centaines de milliards de dollars pour soutenir le secteur de l'intelligence artificielle (IA), sous forme de participations, prêts ou garanties.
Certains dénoncent une stimulation artificielle de la demande pour l'IA et les propres processeurs du groupe californien, quand d'autres y voient des investissements pertinents pour permettre à l'industrie de satisfaire un gigantesque appétit pour l'IA.
Quels sont les investissements de Nvidia ?
L'entreprise est présente à tous les niveaux de la chaîne de valeur de l'IA, des modèles aux centres de données (cloud), en passant par ses propres concurrents, fabricants de puces.
Parmi les quelques opérations majeures, figurent une participation de 10 milliards de dollars au capital de SpaceX, 5 milliards dans Intel ou 105 milliards de financement pour un centre de données gigantesque d'OpenAI.
Nvidia est aussi impliquée dans des véhicules de financement d'infrastructures IA montés avec de grands noms du capital-investissement comme BlackRock ou Brookfield.
Il a également souscrit des garanties de plusieurs milliards prévoyant qu'il se substituerait partiellement en cas de demande insuffisante pour des centres de données de jeunes acteurs du "cloud" comme CoreWeave ou Lambda.
Pour le patron du groupe Jensen Huang, Nvidia offre ainsi une rampe de lancement aux acteurs de l'IA.
D'où vient cette puissance de feu ?
Nvidia surfe sur la vague de l'IA grâce à ses GPU (graphics processing unit), des processeurs graphiques considérés comme le nec plus ultra pour le développement des modèles d'intelligence artificielle.
Sans infrastructures industrielles car il sous-traite à des fournisseurs la fabrication de ses puces qu'il ne fait que concevoir, le groupe californien dégage environ 75% de marge sur ses produits, contre 54% pour son rival AMD ou 50% pour Apple.
Cette société initialement orientée vers les processeurs pour jeux vidéo dégage ainsi des flux de trésorerie colossaux chaque trimestre, à hauteur de 60 milliards de dollars pour la seule année 2025.
"Ils sont devenus une banque" pour l'écosystème IA, résume Michael Cusumano, professeur de gestion à l'université MIT.
Nvidia gonfle-t-il artificiellement la demande ?
Plusieurs observateurs ont qualifié ces opérations de financement "circulaire", méthode consistant pour une entreprise à aider un client à acheter ses produits.
L'investisseur Michael Burry, connu pour avoir anticipé la crise financière de 2008, a estimé, dans sa lettre d'information, que cette stratégie atteignait, dans le cas de Nvidia, des "proportions bibliques", avertissant d'une possible illusion.
Un autre investisseur médiatique, Mark Cuban, fait un parallèle, sur X, avec la bulle internet. Les sociétés du milieu n'ont plus besoin de la Bourse, car Nvidia "finance tout et tout le monde".
"Il faut séparer la demande qui provient d'entreprises et de clients (finaux) de celle liée aux investissements de Nvidia chez ses propres clients", reconnaît Gil Luria, du cabinet D.A. Davidson. Or, selon lui, la demande de clients finaux est "bien là".
Avec ou sans ce coup de pouce, "la demande pour les GPU de Nvidia est vraiment très importante et croît de manière quasi exponentielle", abonde Michael Cusumano.
Quels sont les risques ?
"Dans un environnement très concentré (trois clients pèsent 44% du chiffre d'affaires) et très interconnecté comme celui-là, il y a un risque accru de contagion" en cas de problème, avertit Paulo Carvao, chercheur à l'université d'Harvard.
"Si la demande d'IA déçoit" à un moment donné, "cela pourrait toucher à la fois les fabricants de puces, les exploitants de centres de données et leurs financeurs", ajoute-t-il. "C'est un risque de marché significatif."
Il relève néanmoins que rien, en l'état, ne laisse présager d'un tel scénario à court terme, avec une demande supérieure à l'offre pour au moins 12 à 18 mois, selon lui.
Même en cas de ralentissement, "les grandes entreprises comme Nvidia, Microsoft, Amazon, Google ou Meta s'en sortiraient quasiment sans dommage", anticipe Gil Luria. "Ce sont les acteurs marginaux qui pourraient disparaître".
P.Vogel--VB