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Musk contre Altman: un cofondateur d'OpenAI à la barre pour entamer la 2e semaine
Après les trois jours d'audition d'Elon Musk, ses avocats ont appelé lundi à la barre un cofondateur d'OpenAI. Objectif? Démontrer à un tribunal californien que les créateurs de ChatGPT auraient manipulé leur bienfaiteur original pour transformer leur mission philanthropique en une société valant des centaines de milliards de dollars.
Le patron de SpaceX, qui possède son propre laboratoire d'IA rival d'OpenAI, a obtenu ce procès contre l'entreprise dont il a été le premier soutien et donateur fin 2015. Il réclame le retour du champion américain de l'IA générative au simple statut d'organisation à but non lucratif. Une telle issue menacerait l'avenir d'OpenAI, désormais valorisé à plus de 850 milliards de dollars et en lice pour une introduction en Bourse retentissante.
En attendant le témoignage crucial du patron d'OpenAI, Sam Altman, c'est son plus fidèle compagnon de route, Greg Brockman, qui s'est assis lundi, sous ses yeux, sur le fauteuil des témoins au tribunal d'Oakland, près de San Francisco.
D'entrée, l'avocat de Musk a fait admettre à l'ingénieur de 38 ans, un peu tendu dans son inhabituel costume, qu'il possédait une participation dans OpenAI évaluée aujourd'hui à 30 milliards de dollars, sans avoir investi un centime.
Steven Molo a brandi un email de 2015 dans lequel le cofondateur d'OpenAI promettait de donner 100.000 dollars pour attirer d'autres donateurs de la Silicon Valley. "Je n'ai finalement pas fait ce don, c'est vrai", a reconnu Brockman, dont la voix, nouée au fond de la gorge, est un saisissant écho de celle de Sam Altman.
L'intelligence artificielle "va être le changement technologique le plus important de l'histoire de l'humanité. (...) Cela concerne réellement l'humanité dans son ensemble", a déclaré l'ingénieur, assurant que le virage commercial de sa société était fidèle à leur vocation philanthropique originelle.
Et qu'elle n'avait pas pillé la fondation non lucrative, à laquelle OpenAI est toujours adossé. "Nous avons créé l'organisation à but non lucratif la mieux dotée de l'histoire, avec une valorisation boursière de plus de 150 milliards de dollars", a-t-il défendu.
La semaine dernière, ce grand donateur du camp Trump, appliqué à prendre des notes manuscrites, n'avait pas perdu une miette de l'interrogatoire du patron de Tesla et SpaceX.
- "Voler une organisation caritative" -
Les avocats d'OpenAI tentent de convaincre que le multimilliardaire instrumentalise la justice pour une vengeance personnelle et pour ralentir un concurrent, lui qui, en 2023, a créé xAI, son propre laboratoire d'IA, à l'origine du chatbot Grok.
Pour y parvenir, ils ont demandé dimanche soir à la juge d'autoriser Greg Brockman à dévoiler au jury un message menaçant qu'Elon Musk lui aurait adressé à la veille du procès, après le rejet de sa proposition de règlement amiable. La juge s'y est opposée, estimant qu'il aurait fallu soulever la question en présence d'Elon Musk.
De mardi à jeudi, l'homme le plus riche du monde s'était présenté en bienfaiteur désintéressé des débuts d'OpenAI, auxquels il a contribué par des dons à hauteur de 38 millions de dollars de 2016 à 2020, avant d'être trahi.
Il assure que son projet était de contrebalancer la domination de Google et de placer cette révolution technologique, susceptible de détruire l'humanité, dans de meilleures mains, délivrées de la pression du profit.
"Vous ne pouvez pas voler une organisation caritative", a-t-il répété, martelant le terme "charity" plutôt que "non-profit" (à but non lucratif).
- Compétition mondiale -
L'avocat d'OpenAI avait contre-attaqué le patron de Tesla, Neuralink et SpaceX sur ses propres ambitions lucratives. Elon Musk vient d'absorber xAI dans son entreprise spatiale, valorisée à quelque 1.250 milliards de dollars et en route pour une introduction en Bourse sans précédent.
L'enjeu est considérable: si la juge, Yvonne Gonzalez Rogers, qui tranchera seule après l'avis du jury, donne raison à Elon Musk, OpenAI pourrait voir son entrée en Bourse compromise. Les cartes de la féroce compétition mondiale sur l'IA, dans laquelle Google et les champions chinois de la tech sont bien placés, en seraient potentiellement rebattues.
En tête de cette course, OpenAI rivalise désormais avec Anthropic, et son modèle Claude. Leur croissance à grande vitesse commence à produire des dizaines de milliards de dollars de revenus annuels.
Mais sans commune mesure pour l'heure avec les centaines de milliards d'investissements encore nécessaires pour recruter les talents, acheter les processeurs et construire puis électrifier les centres de données géants de cette révolution technologique.
G.Haefliger--VB