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En Suède, les scandales glissent sur le Premier ministre avant les élections
Le Premier ministre conservateur suédois Ulf Kristersson a vécu un mandat émaillé de scandales depuis 2022, et le rythme s'accélère à l'approche des élections de septembre, pour l'instant sans conséquence.
Ces derniers jours, le quotidien Aftonbladet a révélé des pratiques éthiques douteuses du chef du gouvernement et de son épouse, Birgitta Ed, pasteure luthérienne.
Selon le journal, une fondation dirigée par Mme Ed a recruté des bénévoles pour collecter des fonds et rénover le manoir de la fondation, en échange d'un "bon réseau" de contacts et de réunions organisées à la résidence officielle du Premier ministre.
Deux de ces bénévoles auraient ensuite été nommés à des postes au sein du gouvernement, précise-t-il. Kristersson a qualifié ces informations de "fausses accusations", déclarant à Aftonbladet : "cette fondation est dirigée par mon épouse et n'a rien à voir avec moi".
La journaliste d'Aftonbladet a également déclaré avoir pu accéder sans contrôle de sécurité à la chambre du couple dans la propriété.
Dans une autre enquête, le journal révèle que la directrice générale de l'Agence suédoise de santé publique a été congédiée en 2024 après avoir remis en cause une directive gouvernementale visant à donner la priorité à la "santé existentielle". Au même moment Mme Ed lançait une entreprise proposant des retraites consacrées justement ..à la "santé existentielle".
Dans une autre affaire médiatisée, Kristersson a été vivement critiqué en 2023 pour avoir embauché un ami d'enfance au poste de conseiller à la sécurité nationale.
Il l'a ensuite défendu lorsque celui-ci a laissé des documents classifiés dans un casier non verrouillé d'un centre de conférences de Stockholm.
Kristersson, dont le gouvernement de droite est soutenu par l'extrême droite, a également essuyé de vives critiques en 2025 pour avoir soutenu son ministre de l'Immigration alors que le fils de ce dernier, âgé de 16 ans, entretenait des liens avec des groupes suprémacistes blancs.
Le Premier ministre a en outre été accusé de conflit d'intérêts concernant les affaires de sa belle-sœur.
- "De manière continue" -
Pour Olle Lundin, professeur de droit à l'université d'Uppsala, ces scandales constituent des cas de corruption.
"Il y a corruption lorsque quelqu'un abuse de son pouvoir public à son propre profit ou à celui d'autrui. Et on peut presque affirmer qu'il agit ainsi de manière continue", a déclaré M. Lundin à l'AFP.
Pourtant ces affaires n'ont eu quasiment aucune conséquence judiciaire et très peu d'appels à sa démission, dans un pays classé sixième parmi les moins corrompus au monde, selon Transparency International.
"Il n'y a rien de criminel, ni d'illégal, dans tout cela", reconnaît M. Lundin, qui souligne que le seul verdict viendra des urnes le 13 septembre.
Les sondages pour ces législatives donnent le bloc de droite devancé par l'opposition d'environ 10 points.
"Mais c'était déjà le cas avant les derniers scandales", souligne auprès de l'AFP Nicklas Källebring, responsable de l'analyse des sondages à l'institut Ipsos.
Le gouvernement a récemment annoncé une série de réformes visant à lutter contre la criminalité et l'immigration, dont certaines propositions très controversées lui ont nui dans les sondages, ajoute-t-il.
- Corruption ou négligence ? -
Pour la dirigeante social-démocrate Magdalena Andersson, candidate au poste de Première ministre, ces scandales sont la preuve "d'une culture de corruption chez Kristersson".
Pas suffisant pour lui nuire politiquement, estime toutefois Andreas Bågenholm, politologue à l'université de Göteborg.
"Je ne sais pas si les électeurs considèrent cela comme des scandales, ou plutôt comme de la négligence, voire un manque de discernement", dit-il.
"Il n'y a pas de véritables scandales croustillants où Kristersson aurait de façon évidente tiré un avantage financier; je ne pense donc pas que tout cela lui collera vraiment à la peau".
Ses actions ont été "très délibérées et intentionnelles", répond M. Lundin, l'expert en corruption, mais ces scandales "glissent sur lui comme l'eau sur les plumes d'un canard".
L'une des rares personnes à avoir appelé à la démission de Kristersson est Nalin Baksi, une commentatrice politique social-démocrate, qui juge dans le quotidien Expressen que ses liens d'amitié et ses contacts fréquents avec des hommes d'affaires en vue et des lobbyistes devraient "l'écarter d'emblée" du poste de Premier ministre.
S.Leonhard--VB