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Le drapeau du Brésil, otage de l'élection à un mois du Mondial
"Ce n'est pas de la politique, c'est pour la Coupe du monde": une banderole blanche avec cette inscription est accrochée au milieu de dizaines de fanions aux couleurs du drapeau brésilien, un symbole que les bolsonaristes se sont appropriés tout au long d'une campagne électorale ultra-polarisée.
Le Mondial au Qatar débute dans un mois et la Seleçao de Neymar fait partie des favoris, mais un commerçant qui a décoré sa rue à Belo Horizonte (sud-est) a préféré couper court à tout malentendu.
Et pour cause. Le jaune et vert des drapeaux et maillots de foot brésiliens sont omniprésents dans la campagne du président d'extrême droite Jair Bolsonaro, qui dispute le 30 octobre le second tour de la présidentielle face à l'ancien chef de l'Etat de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.
"C'est dommage que la Coupe du Monde ait lieu si près de l'élection. J'ai dû mettre cette banderole pour que les gens comprennent que ces fanions ne sont pas là pour montrer un quelconque soutien envers un candidat", explique à l'AFP Julio César Freitas, 26 ans, qui travaille dans le magasin de matériel de constructions de son père.
En dépit de la polarisation politique, il ne voulait pas manquer l'occasion de participer au concours de décorations de son quartier auquel sa famille participe depuis le Mondial 1994, quand le Brésil avait décroché la quatrième des cinq étoiles de champion qui ornent son maillot.
"Quand j'ai commencé à accrocher mes fanions, cela a causé une certaine agitation, mais à partir du moment où j'ai mis la pancarte, les mêmes personnes qui m'avaient pris à partie ont commencé à me féliciter", raconte-t-il.
- Perte d'identité -
Dans d'autres villes du pays, de nombreux gérants de bars ont préféré attendre pour décorer leurs établissements.
"En tant que commerçant, je préfère éviter tout malentendu. On a acheté des maillots du Brésil pour les serveurs, mais ce n'est pas encore le moment pour eux de les porter", a assuré Décio Lemos, propriétaire d'un bar de Sao Paulo, au quotidien O Globo.
L'appropriation politique des couleurs du drapeau brésilien s'est intensifiée depuis l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro en 2019, mais elle existait déjà en 2015, lors des manifestations réclamant la destitution de la présidente de gauche Dilma Rousseff, dauphine de Lula.
M. Bolsonaro a appelé ses électeurs à voter avec un maillot de la Seleçao le 30 octobre, de quoi compliquer la tache de la Confédération Brésilienne de Football (CBF), qui tente tant bien que mal d'empêcher toute récupération politique.
L'équipementier Nike a dû mettre en place une nouvelle règle pour ses ventes en ligne: pas le droit de commander de flocage au nom d'un candidat, ou son surnom, comme "Mito" (le mythe) pour Bolsonaro.
"De nos jours, les gens relient tout à la politique et on finit par perdre l'identité de notre maillot et notre drapeau", a déploré l'attaquant Richarlison, le mois dernier, à l'issue d'un match de Ligue des Champions avec Tottenham.
Beaucoup de Brésiliens disent qu'ils ne veulent plus porter le maillot de l'équipe nationale de peur d'être agressés ou d'être pris pour des bolsonaristes.
- Réappropriation -
Au-delà des tensions politiques, la Seleçao n'a pas trop la cote ces derniers années, dans un pays pourtant fou de foot.
Les audiences des matches de l'équipe nationale à la télévision ont baissé et certaines rencontres à domicile ont peiné à faire le plein. En août dernier, un sondage de l'institut Datafolha montrait que 51% des Brésiliens ne s’intéressaient pas - pour le moment, du moins - à la Coupe du Monde.
Un désamour dû entre autres au traumatisme de la raclée 7-1 face à l'Allemagne au Mondial-2014 ou au fait que la plupart des internationaux évoluent en Europe, loin des supporters.
Sans compter que Neymar et son style bling-bling sont loin de faire l'unanimité. Et la star du Paris SG a augmenté son nombre de détracteurs en soutenant ouvertement Jair Bolsonaro.
Favori des sondages, Lula a affirmé en juillet que les couleurs du Brésil avaient été "séquestrées par le fascisme".
Pour se les réapproprier, il invite ses partisans à venir en jaune et vert à ses meetings, avec un succès mitigé. Les rares t-shirts jaunes ont souvent une inscription "Lula" ou un motif à l'effigie du candidat de gauche pour éviter tout malentendu.
L'historien du sport Joao Malaia estime toutefois que les divisions vont disparaître pendant le Mondial. "Quand la Seleçao va jouer, la plupart des gens voudront la voir gagner et la fête pourra continuer", résume-t-il.
T.Bondarenko--BTB