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A Gaza, un Mondial de foot doux-amer
Dans un camp palestinien, un terrain de foot menacé par un avis de démolition israélien
Après avoir lacé leurs crampons, des garçons en maillot s'élancent sur le gazon synthétique vert. Tout est normal sur ce terrain de foot de quartier, si ce n'est qu'il jouxte le mur de séparation entre la Cisjordanie et Israël.
Les joueurs, des Palestiniens du camp de réfugiés d'Aïda près de Bethléem, ne voient plus les huit mètres de béton, tant ils sont attachés au lieu.
"Ce terrain m'a vraiment donné les moyens de m'entraîner", raconte à l'AFP Abdallah al-Ansourour, qui se prépare aux sélections de l'équipe nationale palestinienne de football. "Sans lui, je n'aurais pas eu ma chance".
Il est né et a grandi à Aïda. Comme lui, de nombreux jeunes du camp ont fait leurs premiers dribbles ici.
Début décembre, ce sont des enfants venus jouer qui ont trouvé une note de l'armée israélienne à l'entrée du terrain. Ils l'ont apportée à Mouhannad Abou Srour, directeur sportif du club des jeunes d'Aïda.
"On a été choqué de découvrir qu'il s'agissait d'une décision de démolition du terrain de football du camp d'Aïda", explique M. Abou Srour.
Sur ce terrain --qui fait la moitié de la taille d'un terrain de football réglementaire-- plus de 500 enfants s'entraînent.
- "Espace ouvert", pour "respirer" -
"Ce terrain est le seul espace ouvert que nous avons. Si on nous le prend, on prive les enfants de leurs rêves", plaide M. Abou Srour.
"S'il n'existait pas, on jouerait dans la rue, voire on ne jouerait pas du tout", abonde M. al-Ansourour. Pour ce jeune homme de 18 ans, le terrain est une "bouée de sauvetage".
Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967 et démolit fréquemment maisons ou infrastructures palestiniennes, affirmant qu'elles ont été construites sans permis.
L'AFP a pu consulter la note de l'armée --émise par le Cogat, l'organisme du ministère israélien de la Défense chargé des affaires civiles palestiniennes. Elle affirme que le terrain a été construit sans autorisation.
Pourtant, Anton Salman --maire de Bethléem à l'époque de l'installation du terrain en 2021-- assure que le site est tout à fait légal.
Sa municipalité avait loué le terrain à l'Eglise arménienne, qui en est propriétaire, avant de confier sa gestion au comité populaire du camp d'Aïda, dit-il.
Des informations confirmées par le président du comité populaire du camp, Saïd al-Azzeh.
Sollicitée par l'AFP, l'armée israélienne explique: "le long de la clôture de sécurité (le mur, NDLR), un ordre de saisie et un ordre d'interdiction de construire sont en vigueur, par conséquent, la construction dans la zone a été réalisée de manière illégale".
Elle indique qu'un recours déposé par l'Eglise arménienne concernant ce terrain était en cours d'examen.
Comme d'autres camps de réfugiés palestiniens, Aïda a été construit pour accueillir certaines des centaines de milliers de personnes ayant fui leurs foyers, ou forcées de partir lors de la création d'Israël en 1948.
Avec le temps, ces cités de tentes sont devenues des quartiers bétonnés et surpeuplés.
A Aïda, "plus de 7.000 personnes vivent sur le même bout de terre. Les rues sont étroites, on n'a pas d'autre endroit où respirer!", fustige M. Al-Azzeh.
- "Des rêves démolis" -
M. Abou Srour ne cache pas sa fierté en évoquant ce que le terrain a apporté aux habitants. Des groupes de jeunes ont pu se rendre à l'étranger pour des rencontres sportives, une échappée bienvenue face à l'espace clos de la Cisjordanie.
"Aller jouer en France est plus facile que d'aller jouer à Naplouse (à moins de cent kilomètres dans le nord de la Cisjordanie, NDLR)", déplore-t-il.
Dans la foulée de la guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du 7-Octobre par le Hamas palestinien, les autorités israéliennes ont hérissé des centaines de nouveaux barrages sur le territoire palestinien.
La circulation entre les villes est devenue encore plus compliquée qu'elle ne l'était déjà en raison des réseaux de routes dédiés aux colons et dont certains tronçons sont inaccessibles aux Palestiniens, les obligeant souvent à d'importants détours.
Récemment, une équipe de football de Ramallah, à une vingtaine de kilomètres à vol d'oiseau, a mis six heures à atteindre Aïda, d'après M. Abou Srour.
Faisant une courte pause en marge d'un entraînement rassemblant une cinquantaine de garçons entre cinq et dix ans, l'entraîneur Mahmoud Jandia espère que le terrain sera épargné.
"Oui, le mur est là, on a l'impression d'être dans une prison. Mais malgré tout, le plus important est que le terrain reste et que les enfants continuent de jouer", juge-t-il.
"Si le terrain est démoli, tous les rêves des enfants seront démolis."
P.Vogel--VB