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L1: du pape François à Poséidon, l'art du tifo des supporters marseillais
Enterré samedi à Rome, le pape François reçoit dimanche un hommage inattendu et spectaculaire des South Winners, des supporters de l'OM experts en "tifo", qui redéploieront au Vélodrome la voile géante qu'ils avaient dédiée au pape argentin, fan de football, lors de sa visite à Marseille.
Cette toile immense représentant François souriant et saluant la foule avait été sortie une première fois en septembre 2023 dans le virage Sud du stade marseillais, au moment où le pape et sa "papamobile" étaient entrés dans l'enceinte, avant une messe célébrée devant 60.000 fidèles.
"On m'avait dit que le pape avait déjà vu nos tifos et qu'il aimait bien qu'on représente souvent la Bonne Mère. C'est pour ça qu'il voulait qu'on sorte un tifo lors de sa venue", a raconté jeudi à l'AFP Rachid Zeroual, le responsable des Winners, groupe qui réunit 8.000 abonnés au Vélodrome.
Ce tifo à l'effigie du pape, comme les gigantesques voiles dont les Winners avaient habillé l'entrée du Vieux-Port à l'arrivée du Belem et de la flamme olympique en mai 2024, illustre combien le savoir-faire des supporters marseillais est reconnu et déborde désormais du strict cadre sportif.
L'image du tifo a même été postée samedi matin par le président de la République Emmanuel Macron sur Instagram, pour illustrer son message d'hommage au pape décédé.
Car avec leurs voiles géantes, leurs bâches, leurs banderoles ou leurs tifos "sets de table" formant une mosaïque colorée dans la tribune, les Winners sont devenus une référence dans l'art du tifo, un élément central de la culture "ultra".
- "Un plaisir immense" -
"Aujourd'hui ça n'est plus de l'artisanat, c'est du professionnalisme. Ça fait un moment que nous, les Winners, on cherche l'excellence. On a toujours voulu aller au plus loin de notre imagination", assurait la semaine dernière Rachid Zeroual, dans l'un des vastes hangars du Parc Chanot, à côté du Vélodrome, où les Winners confectionnent leurs oeuvres.
Avec sa casquette orange, couleur des Winners, Zeroual donnait alors de la voix pour diriger la cinquantaine d'adhérents venus étaler, tirer, scotcher, peindre et plier pour préparer le Poséidon géant dévoilé quelques jours plus tard lors du match OM-Montpellier à l'occasion de l'anniversaire du groupe, fondé en 1987.
"Ça se relaie. Il y a aussi bien des gens qui travaillent la journée que la nuit. Cette semaine, ça a été relativement cool, on a fini à environ une heure du matin, donc ça va. Mais ça a parfois été quatre heures du matin, tous les jours", raconte Anissa Bengana, juriste et membre des Winners.
"On travaille une semaine pour un rendu de deux minutes. Mais quand à la fin du match on regarde les photos, les vidéos, quand on le voit sorti pendant le match, c'est un plaisir immense", assure de son côté Abdou Yassir, étudiant et autre membre du groupe.
- Machine à coudre et mégaphones -
Finalisés au Parc Chanot, les tifos des Winners sont d'abord conçus dans leur local de la Belle de Mai, quartier du centre-ville populaire de Marseille, où sont entreposés toutes les dernières réalisations dans deux énormes conteneurs.
Dans un hangar attenant, une vieille machine à coudre, des drapeaux par centaines, des machines à fumée, des bombes de peinture, des pinceaux, des compresseurs, des packs de papier coloré, des tambours, des mégaphones ou des rétroprojecteurs racontent l'histoire de ce savoir-faire du tifo développé depuis plus de 30 ans par le groupe.
"A la base, on n'en faisait pas à tous les matches. On allait supporter notre équipe par la voix, par notre ferveur. Mais ça fait quelques années que chez les Winners, à chaque match, quoi qu'il arrive, il faut qu'on sorte un tifo", explique Zeroual.
Logiquement, la plupart des créations évoquent l'OM, ses figures marquantes, ou le groupe lui-même. Mais au fil du temps, les tifos des Winners ont aussi évoqué Marseille et son histoire, ont salué les femmes du groupe ou ont permis de faire passer des messages plus durs et plus revendicatifs, à l'égard de la Ligue de football ou de la direction de l'OM.
"Tout ça représente l'histoire du groupe à travers le club, à travers la ville, à travers nos idées, à travers ce qu'on fait et ce qu'on revendique. Tout le monde le sait, on se dit cosmopolites et antifachos, et on appelle les gens à être solidaires. Et quand on a des revendications, bien sûr, il faut les faire entendre", assure ainsi Rachid Zeroual.
S.Leonhard--VB