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Mondial-2023: les All Blacks broient du noir avant les Bleus
La Nouvelle-Zélande, nation référence du rugby comme le Brésil au football, ouvrira vendredi le Mondial-2023 face à la France mais n'a jamais paru aussi vulnérable que cette saison. Les All Blacks demeurent paradoxalement favoris de la compétition, grâce à leur supériorité technique.
Après une année en enfer, les hommes du sélectionneur Ian Foster sont revenus en démontrant une force de caractère et un mental à toute épreuve: en 2021-2022, ils ont été tour à tour humiliés par la France (40-25) puis chez eux par les Irlandais avant de chuter contre les Argentins (25-18), une première historique.
Au fond du seau, les joueurs ont fait bloc autour de Foster dont tout le monde réclamait la tête. Personne non plus n'a lâché le capitaine Sam Cane, bouc émissaire désigné de toutes ces contre-performances.
Et l'équipe s'est ressaisie. L'année suivante, elle a enchaîné onze matches consécutifs sans défaite (dix victoires pour un match nul) et aurait débarqué en France avec son statut d'épouvantail habituel si elle n'avait pas lourdement chuté lors de son dernier match de préparation en Angleterre face à l'Afrique du Sud (35-7).
"C'est une constante chez tous les joueurs All Blacks", explique à l'AFP l'ancien demi d'ouverture néo-zélandais Simon Mannix. "Tous connaissent l'histoire de l'équipe, l'importance du maillot et les responsabilités qui lui incombent. Ce peut être un poids, mais le plus souvent, c'est une force qui permet de surmonter toute forme de pression".
- Retallick et Frizell absents -
Si les All Blacks, malgré l'inconstance de leurs résultats, demeurent favoris de la Coupe du monde en France, ils le doivent également à leur supériorité technique. "Techniquement et même tactiquement, la Nouvelle-Zélande reste en avance par rapport aux autres", assure Mannix. "C'est l'ADN du rugby néo-zélandais, ce que toutes les autres nations tentent de copier. On enseigne dès le plus jeune âge tous les 'skills' du rugby (exercices d'habileté gestuelle) et ils sont ensuite appliqués naturellement par les Blacks".
Un exemple frappant: le deuxième ligne Brodie Retallick effectue les tâches de l'ombre, énergivores, qui incombent à son poste mais il dispose d'une technique hors du commun pour un joueur de son gabarit (2,04 m pour 123 kg) et peut se mêler sans peine au jeu courant, apportant un atout offensif inespéré aux siens.
Sauf que pour l'heure, Retallick est blessé, comme le facteur X désigné des All Blacks le troisième ligne Shannon Frizell. Les deux joueurs sont bien présents en France mais manqueront au moins le premier match face aux Bleus. Et il n'y a aucune garantie qu'ils recouvrent tout leur potentiel d'ici à la fin du Mondial le 28 octobre.
L'équipe vient aussi de perdre jeudi pour tout le tournoi l'ailier Emoni Narawa, blessé au dos.
Leur absence n'arrange pas les affaires de la sélection à la fougère. "Avant, les All Blacks dominaient leur adversaire physiquement", explique encore Mannix. "L'équipe était constituée de quinze athlètes au service d'une technique supérieure. On copiait les Blacks là-dessus également mais ce n'est plus le cas. La Nouvelle-Zélande ne pourra pas cette année rivaliser physiquement avec l'Afrique du Sud ou la France, qui lui sont supérieures sur cet aspect-là".
- Manque de leaders -
Et les Blacks vont devoir trouver un style de jeu pour résoudre cette équation inédite. En auront-t-ils les moyens ? "Ce qui me frappe avec ce groupe néo-zélandais", constate pour l'AFP Pierre Berbizier, ancien sélectionneur du XV de France (1991-1995), "c'est l'absence de véritable leader. Par le passé, ils disposaient toujours de deux ou trois joueurs charismatiques".
Richie McCaw, Dan Carter ou Jerome Kaino n'ont pas trouvé de véritables successeurs. "Ils ont de très, très bons joueurs", appuie Berbizier, "mais ils ne sont pas exceptionnels."
Pire encore, selon l'ancien demi de mêlée des Bleus: "Les Blacks ont pris l'habitude de perdre. Avant, les battre relevait d'un exploit. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Et cela change énormément dans la façon de les aborder".
Méfiance néanmoins, selon Berbizier, au moment de les affronter. "Leurs résultats le montrent: ils sont totalement imprévisibles. Avec eux, soit c'est tout bon, soit c'est tout mauvais." Reste à savoir quel visage ils montreront vendredi au Stade de France.
T.Suter--VB