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Des mots qui se perdent, un corps qui se fige: du burn-out à la reconstruction
Elle était "dans une roue qui ne s'arrête jamais": comme Laëtitia Pignol, 42 ans, diagnostiquée d'un burn-out professionnel il y a trois ans, quelques centaines de patients trouvent refuge chaque mois au sein d'une structure à Paris pour en guérir et apprendre à "dire non".
"Même quand j'étais fatiguée, je continuais", raconte la quadragénaire, cadre supérieure qui occupait "un beau poste" dans la sécurité financière. "J'étais au bout du rouleau pendant mes vacances d'été", mais "je n'arrivais pas à décrocher du taf".
En octobre 2020, à la suite d'un changement d'organisation, elle se sent "glisser". "Chaque réunion était un moment de stress parce que je devais me +sur-concentrer+ pour capter chaque information", explique la quadragénaire aux longs cheveux argentés et au look urbain.
"Je prenais tout en note car je sentais ma mémoire défaillir". Jusqu'au jour où, en ouvrant son frigo, elle ne peut plus mettre un mot sur ce qu'elle a devant elle: "Le mot +artichaut+ n'arrivait plus à mon cerveau".
Laëtitia souffre d'un burn-out: un trouble dont les premiers signes sont "les difficultés de concentration, la pensée sans repos -les personnes ont l'impression que leur tête ne s'arrête plus, elles s'endorment épuisées et se réveillent avec les pensées de la veille-, les réveils à 03H00 du matin ou l'insomnie", détaille auprès de l'AFP le Dr Alain Meunier, psychiatre-psychanalyste et fondateur du Centre du Burn Out à Paris il y a dix ans.
Viennent ensuite "le déni, la perte de confiance, la culpabilité ou la honte".
Avec "une vraie souffrance", parfois des "pensées suicidaires", relève le médecin, dont la structure accueille entre 150 et 300 patients chaque mois.
- "Craquage total" -
La prévalence de ce "trouble", comme il l'appelle, est difficile à quantifier. Il touche "autant les femmes que les hommes", des "personnes qui subissent un certain stress", quel que soit le niveau de responsabilité: "de la standardiste, qui se fait +engueuler+ par tous les salariés de sa tour, au patron tout en haut de la tour", explique le médecin.
A chaque fois, "quand ils arrivent au centre, ils sont dans des états avancés de souffrance", ajoute-t-il.
Au cours des premières séances, "ils ne parlent que de la problématique au travail, ils SONT le travail", souligne Sylvie Bouron, neuropraticienne et directrice du centre.
Leur état est tel "qu'ils ne ressentent plus rien, somatisent ou déclenchent des troubles qui s'empilent, jusqu'au craquage total".
Les raisons de son craquage justement, Joséphine (prénom d'emprunt), 59 ans et ancienne fonctionnaire, ne s'en souvient même plus. Elle a simplement "fini la journée, dit au revoir aux collègues du bureau comme un soir normal". Et n'y est jamais retournée depuis trois ans.
Elle était devenue "une espèce de robot qui s'affalait" et "s'endormait dans la minute", avait "mal partout" et "l'impression d'avoir 80 ans". Et puis "je me suis effondrée".
- "Fixer des limites" -
Valérie Vénuat, 53 ans, alors commerciale, s'est un jour "allongée sur (son) canapé et (ses) membres ne pouvaient plus bouger". "Je n'ai pas perdu connaissance mais mes bras et mes jambes étaient figés."
Lors du premier rendez-vous, les patients rencontrent un médecin pour poser un diagnostic, avant d'entamer un parcours thérapeutique.
Thérapie comportementaliste, psychologue, thérapie EMDR (psychothérapie par le mouvement des yeux), séances de "neurofeedback" -qui consiste à mesurer l'activité du cerveau pendant que le patient écoute de la musique et l'aider ainsi à réguler son niveau de stress et d'angoisse- etc. sont proposés dans ce centre situé à quelques pas du musée du Louvre.
Aujourd'hui, Valérie Vénuat a changé de vie: elle est formatrice spécialisée en prévention des risques psycho-sociaux, elle "accompagne les managers et les forme au burn-out". Joséphine juge impossible de retourner au travail et sera à la retraite dans quelques mois.
Les soignants se fixent plusieurs objectifs: que les patients apprennent à accepter ce qui leur arrivé, à "dire non" et parviennent à se reconstruire.
Comme Laëtitia, qui a repris le travail au bout de deux ans de thérapie: elle sait désormais percevoir ses moments de fatigue et a appris à "fixer des limites".
Le Dr Meunier se veut rassurant : "Le burn-out est un trouble qui ne laisse aucune trace, et qui n'est pas sujet à récidive".
D.Schaer--VB