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Quand la ferveur de l'AfD pour un deux-roues ravive les plaies d'une famille juive
Des figures du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) se sont récemment affichées en Simson, des mobylettes iconiques de l'ex-Allemagne de l'Est, une tendance suscitant l'indignation de descendants de la famille juive fondatrice de la marque.
Ulrich Siegmund, 35 ans, tête de liste de l'AfD et favori des élections régionales dimanche en Saxe-Anhalt, prend régulièrement la tête de rassemblements de centaines de ces mobs, capitalisant sur l'"Ostalgie", cette forme de nostalgie en ex-RDA, parfois nourrie d'un ressentiment à l'égard des Allemands de l'Ouest, accusés de mépriser ceux de l'Est.
Dans la région voisine de Thuringe, Björn Höcke, figure radicale du parti, enfourche aussi ces célèbres deux-roues, notamment pour faire campagne.
Pour Dennis Baum, descendant des fondateurs de la société Simson et installé à New York, voir des responsables de l'AfD parader sur ces engins portant le nom de ses ancêtres est insupportable.
Si la famille Simson a fui l'Allemagne nazie dans les années 1930, la RDA communiste a produit après la guerre, dans ses usines et sous ce nom, ces mobylettes.
"Nous ne voulons pas que le nom Simson soit instrumentalisé politiquement", dénonce Dennis Baum auprès de l'AFP, "nous n'accepterons pas que l'AfD s'approprie notre nom!".
M. Baum s'est donc rendu en Allemagne cette année pour raconter les persécutions antisémites des nazis dont sa famille a été victime, avertissant du risque que représentent, selon lui, des partis comme l'AfD.
L'enjeu est d'autant plus sensible que le candidat Siegmund est en position de remporter dimanche une victoire historique : s'il obtient la majorité absolue au parlement de Saxe-Anhalt, il pourra former le premier gouvernement régional d'extrême droite de l'après-guerre.
Des figurent centrales de l'AfD minimisent les crimes nazis, tandis que d'autres membres du parti entretiennent des liens avec des groupes extrémistes de droite interdits.
- Jeunesse libre -
Bien avant l'AfD, les motos et cyclomoteurs Simson étaient un symbole de liberté pour la jeunesse est-allemande.
A l'époque communiste, les pénuries généraient des listes d'attente de plusieurs années pour obtenir une voiture, comme la mythique Trabant, si bien que les mobylettes sont devenus incontournables.
"En RDA, la motorisation s'est faite par les deux-roues en raison de la rareté des voitures", explique à l'AFP Ulrike Schulz, historienne et auteure d'un ouvrage consacré à Simson.
Le modèle le plus célèbre, la Schwalbe ("hirondelle", en allemand), s'est imposé dans les années 1960, et aujourd'hui, ses admirateurs continuent de se réunir, d'échanger des pièces détachées et de les restaurer.
Depuis les années 1990, le coût relativement faible des Simson d'occasion, leur esthétique rétro et leur mécanique simple en ont fait des favoris auprès de bricoleurs et d'amateurs.
Autre atout: les Simson enregistrées avant 1992 sont autorisées à rouler à 60km/h, contre 45 pour les deux-roues de même catégorie plus modernes.
"C'est ce qui les rend si attractifs pour des jeunes, particulièrement en zone rurale", note Enrico Wedekind, conservateur au musée de la RDA à Berlin et ancien usager d'une Simson.
- Persécution -
Si ces bécanes sont étroitement liées à l'après-guerre, l'histoire de l'entreprise est plus ancienne encore.
Fondée au XIXe siècle à Suhl, en Thuringe, par des frères juifs, Löb et Moses Simson, l'entreprise s'est muée en groupe industriel diversifié produisant armes à feu, bicyclettes et automobiles de luxe.
A la fin des années 1920, selon l'historienne Ulrike Schulz, les nazis ont lancé une campagne antisémite contre la famille, qui s'est intensifiée avec l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler en 1933.
Harcelés, emprisonnés, les Simson sont contraints, avant de fuir, de céder pour une somme dérisoire la société.
"Une expropriation pure et simple" pour l'historienne.
Après la guerre et la division de l'Allemagne, les autorités communistes saisissent les usines qui construiront pour la RDA les engins sous la marque Simson. Selon Dennis Baum, ses proches avaient conclu un accord informel permettant aux autorités d'utiliser le nom de famille.
L'unité de cyclomoteurs a survécu à la chute du Mur de Berlin en 1989, avant de faire faillite en 2002.
Parallèlement, les héritiers des frères Simson ont passé des années dans des procédures de restitution ou de dédommagement portant sur les actifs confisqués par les nazis.
"Je pensais que toute cette histoire appartenait au passé", dit M. Baum, "mais elle n'est pas terminée à cause de ce parti d'extrême droite".
S.Gantenbein--VB