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Milei, dopé par Trump, durcit le ton sur la revendication argentine sur les Malouines
Le président argentin Javier Milei, dopé par le soutien perçu de Donald Trump, a invoqué jeudi "des vents favorables" à la revendication historique de l'Argentine sur les îles Malouines, et annoncé des sanctions durcies pour tout projet pétrolier autour de l'archipel.
Dans une allocution télévisée, il a annoncé un projet de loi pour "durcir les sanctions et les peines à l'encontre des entreprises liées à des opérations non autorisées", autour de l'archipel de l'Atlantique sud, dont Buenos Aires et Londres se disputent la souveraineté.
L'annonce intervient quatre jours après que le président américain Donald Trump, son allié idéologique, a dit ne pas exclure de "revoir" la position américaine de neutralité concernant l'archipel.
Elle survient aussi dans la foulée d'une condamnation par la chancellerie argentine d'un projet d'exploitation pétrolière d'une compagnie britannique au large de l'archipel.
Les Etats-Unis, comme la plupart des pays occidentaux, reconnaissent que le Royaume-Uni administre de facto ces îles, mais ne se prononcent pas sur la souveraineté stricto sensu. Celle-ci fait l'objet d'une résolution en 1965 de l'ONU, qui reconnaît l'existence d'un différend, et enjoint les parties à trouver une solution pacifique.
"Je passe toujours toutes les positions en revue. C'en est une parmi d'autres", avait déclaré lundi le président américain, interrogé sur les Malouines, sans être plus explicite.
Javier Milei s'est aussitôt réjoui de la petite phrase de son homologue américain, évoquant "quelque chose de très fort concernant la cause la plus importante et la plus sacrée pour nous les Argentins".
L'archipel des Malouines, à 600 kilomètres de la côte patagonienne argentine, a été le théâtre d'une brève guerre entre l'Argentine et le Royaume-Uni en 1982, qui a fait 649 morts argentins et 255 britanniques en 74 jours.
- "Malvinas Argentinas", partout -
Mardi, une association d'anciens combattants des Malouines et des défenseurs de l'environnement ont intenté une action en justice pour d'empêcher un projet pétrolier porté par l'entreprise britannique Rockhopper et l'israélienne Navitas au nord de l'archipel.
Les Malouines, administrées de facto par le Royaume Uni depuis une "occupation" (selon le qualificatif argentin) en 1833, occupent une place centrale pour l'identité argentine, à la fois totem et ciment du pays, traversant les clivages politiques, un peu à l'image de la Seleccion de football.
Dans la Constitution, dans les noms de municipalités, dans les manuels scolaires, sur des fresques murales, des autocollants sur les bus, ou même tatoué sur la peau, le slogan "Malvinas Argentinas" est omniprésent.
"Il existe un très large consensus dans la population, mais aussi les élites politiques, sur la légitimité de la revendication de souveraineté", estime pour l'AFP Tomas Mugica, politologue du Centre d’études internationales de l’Université catholique (UCA).
"En revanche, les politiques les plus appropriées pour récupérer cette souveraineté sont sujettes à controverse", ajoute-t-il.
Conciliation, ton modéré ou au contraire bombage de torse, ont été alternativement utilisés par les gouvernements argentins au fil des ans, indifféremment de leur affiliation idéologique.
- "Opportunité" pour Milei -
Dans l'actuel contexte politique, les Malouines sont pour M. Milei, "une opportunité de se renforcer sur le plan intérieur, à un moment de relative faiblesse", estime M. Mugica. La cote de popularité du dirigeant est en baisse depuis 3-4 mois, sur fond d'austérité budgétaire qui pèse sur le plus grand nombre.
"Nous allons déployer tous les instruments de l’Etat, diplomatiques, économiques, judiciaires, afin de dissuader les acteurs étatiques et non étatiques qui portent atteinte à notre souveraineté", a détaillé le président argentin jeudi.
Les Malouines "sont argentines par l’histoire et par le droit, il n’y a aucune discussion à ce sujet", a-t-il insisté, ajoutant que les quelque 3.500 habitants des Malouines, "population implantée sur un territoire usurpé, n’ont pas un droit légitime à l’autodétermination".
Une forme de prudence prévaut toutefois dans le pays quant à la portée potentielle d'un changement de posture américain.
"La question des Malouines sert à Trump pour faire pression sur le Royaume-Uni pour qu’il satisfasse à ses exigences sur le financement de l’Otan, et sur la collaboration dans la guerre en Iran", analyse Tomas Mugica.
"L'Argentine est une pièce dans un jeu d'échecs que d'autres sont en train de jouer", diagnostique un autre politologue, Andres Malamud.
M.Betschart--VB