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Guinée-Bissau: référendum sans grande affluence pour passer à un régime présidentiel fort
Les Bissau-Guinéens votaient dimanche en ordre dispersé lors d'un référendum constitutionnel sur le passage à un régime présidentiel fort pour remplacer le système semi-parlementaire, une étape cruciale dans ce pays dirigé par une junte censée organiser le retour au pouvoir des civils début décembre.
Après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l'Ouganda et le Tchad ces dernières années, il s'agit du dernier exemple en date d'un pays africain qui a souhaité modifier ou changer sa Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer les limites d'âge ou renforcer les prérogatives du pouvoir exécutif.
L'opposition a appelé à boycotter le référendum, notamment le PAIGC, parti historique ayant mené le pays à l'indépendance en 1974, qui dénonce l'organisation d'un référendum "dans un contexte de restriction des libertés publiques", alors que le climat politique est tendu dans le pays.
Le chef de la junte et président de la transition, le général Horta N'Tam, a voté dans son quartier dimanche, exhortant les "jeunes à sortir massivement pour voter".
- "Quiétude" -
"Ce que nous cherchons après ce référendum, c'est de permettre à celui qui gagne les élections de terminer son mandat dans la quiétude", a-t-il lancé.
Lors d'un point de presse, Idrissa Djalo, secrétaire exécutif de la Commission nationale des élections (CNE), s'est félicité qu'"aucun incident n'ait encore été signalé". Il a affirmé que "l'affluence a été significative (...) dans certaines régions, raisonnable dans d'autres".
Dans la capitale, Bissau, après un démarrage timide dû une pluie intense, les électeurs ont afflué à la mi-journée dans plusieurs bureaux de vote visités par l'AFP. Mais en début d'après-midi, dans cinq bureaux de vote du centre-ville et de quartiers périphériques visités, le rythme de venue des votants avait nettement baissé.
"Les électeurs arrivent au compte-gouttes. Le rythme a été cassé par la pluie", a témoigné le responsable d'un bureau de vote du centre-ville.
Dans les régions de Tombali et de Quinara, dans le sud du pays, l'affluence était mitigée voire faible, selon le constat d'un journaliste local contacté par l'AFP.
Les intempéries de la saison des pluies rendent difficiles les déplacements dans certaines régions.
Le projet de nouvelle Constitution vise principalement à remplacer le système semi-parlementaire par un régime présidentiel fort, en octroyant au chef de l'État le pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre et le gouvernement et de dissoudre le Parlement.
- "Nouvelles perspectives" -
L'objectif affiché par les autorités de transition est de stabiliser les institutions avant la présidentielle.
N'djamba Seide, interrogé par l'AFP à la sortie d'un bureau de vote à Bissau, dit avoir été "motivé à venir voter" pour "apporter des changements dans notre Constitution" et "changer" ce qui "apporte toujours des problèmes dans le pays".
"Les crises successives que le pays a connues ont eu un impact très négatif sur mes rendements. Si tout se passe bien, la Guinée-Bissau va démarrer sur de nouvelles perspectives", a réagi de son côté Halimatou Traoré, commerçante d'une trentaine d'années, après avoir voté à Bissau.
Ce référendum précède de quelques mois l'élection présidentielle prévue le 6 décembre pour un retour au pouvoir des civils.
La Guinée-Bissau est dirigée depuis le 26 novembre dernier, veille de l'annonce prévue des résultats provisoires des présidentielle et législatives, par des militaires qui ont suspendu le processus électoral.
Le pays d'Afrique de l'Ouest a connu cinq coups d'État et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance du Portugal en 1974.
Le Conseil national de transition (CNT), organe législatif, avait adopté en janvier 2026 à l'unanimité une modification de la Constitution, un mois et demi après le coup d'Etat qui a renversé le président Umaro Sissoco Embalo.
Le nouveau texte propose d'abandonner l'ancien modèle où le Premier ministre était issu de la majorité au Parlement, ce qui avait donné lieu à des cohabitations difficiles.
Pour Nelson Moreira, membre du CNT, le projet de nouvelle Constitution permettrait d'éviter les conflits entre la présidence et la Primature, qui ont miné la stabilité du pays par le passé.
Mais une partie de la classe politique et de la société civile a contesté avec véhémence la réécriture en profondeur de la Constitution par un pouvoir de transition non élu.
"Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d'un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie", avait récemment déclaré à la presse Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits humains.
J.Marty--VB