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En Inde, le secteur privé embarque pour l'espace
La ruée vers l'espace est en marche en Inde. Six ans après la décision du gouvernement d'ouvrir l'orbite terrestre au secteur privé, plus de 400 entreprises rivalisent d'idées et d'investissements pour s'attribuer une part de ce marché d'avenir.
Rien que l'an dernier, ces nouveaux acteurs, pour l'essentiel de la taille d'une start-up, ont dépensé plus de 150 millions de dollars pour concevoir satellites, lanceurs ou missions spatiales.
D'ici au 4 août prochain, Skyroot Aerospace devrait devenir le premier à faire décoller une fusée entièrement financée par des fonds privés.
"C'est une étape majeure pour Skyroot et l'Inde", se réjouit d'avance son cofondateur, Pawan Chandana.
Depuis des années, le pays le plus peuplé de la planète avec un milliard et demi d'habitants, a fait de la conquête spatiale une priorité stratégique, et rejoint le club très fermé de ceux qui en maîtrisent les technologies.
Première nation asiatique à envoyer un engin autour de Mars en 2014, l'Inde a réussi à poser un robot sur la Lune en 2023 et se prépare à faire voler à bord d'un engin "made in India" l'humain en orbite.
Jusqu'en 2020, ces activités relevaient de la compétence exclusive de l'Organisation indienne de recherche spatiale (ISRO). L'agence gouvernementale est désormais épaulée par un essaim de jeunes pousses grandies dans son sillage.
- Imagerie spatiale -
"Nous nous appuyons sur ce qui a été fait pendant soixante ans", reconnaît volontiers Pawan Chandana, 35 ans, lui-même ingénieur sorti des rangs de l'ISRO pour fonder Skyroot en 2018.
C'est grâce à une collaboration avec ses anciens collègues que, dès 2022, son entreprise est parvenue à faire décoller sa première fusée suborbitale depuis le centre spatial de Sriharikota (sud).
Skyroot dispose aujourd'hui dans l'Etat du Telangana (sud) d'un campus inauguré l'an dernier par le Premier ministre Narendra Modi et capable de faire sortir une fusée par mois de sa chaîne d'assemblage.
S'il est encore loin d'avoir fait éclore des géants comme les SpaceX ou Blue Origin américains, l'écosystème spatial indien s'agrandit à la vitesse d'une fusée.
Actuellement valorisé à 8,4 milliards de dollars, le chiffre d'affaires annuel du secteur doit quintupler dans les sept ans, ambitionne New Delhi.
A côté des fleurons de la "tech" indienne, la ville de Bangalore (sud) accueille le siège de Pixxel Space, qui conçoit des satellites d'observation de la Terre dont les images à haute résolution sont commercialisées en Inde, en Europe et aux Etats-Unis.
Fasciné enfant par les trous noirs, son fondateur Awais Ahmed a décidé de faire du ciel son métier après avoir visité, collégien, l'usine de Space X aux Etats-Unis, convaincu que le privé y a toute sa place.
"Nous avons pris le parti de construire et d'opérer les satellites à vocation commerciale", explique le patron de Pixxel, "non seulement pour fournir aux agences de notre pays les données dont elles ont besoin, mais aussi pour vendre ce service au monde entier".
- Soutien public -
Les tensions géopolitiques mondiales ont dopé le créneau de l'imagerie à vocation stratégique, dans lequel s'est engouffré GalaxEye.
"Nous ne recevons pas de requêtes directes des gouvernements mais plutôt de gens qui collaborent avec certains pays", rapporte Suyash Singh, le fondateur de l'entreprise à Bangalore. "Notre priorité à court terme vise donc la défense".
La semaine dernière, GalaxEye a annoncé avoir perdu le contact avec son satellite d'observation multisenseurs dernier-cri baptisé Drishti.
Pas de quoi toutefois décourager son constructeur. "L'espace ne fait pas de cadeau", philosophe Suyash Singh. "Personne en Inde, en tout cas dans le privé, n'avait jamais construit un satellite de ce type", insiste-t-il, "nous avons réussi à le faire".
Même en forte croissance, le secteur spatial privé indien reste jeune. Et faute de talents et de capitaux suffisants, le soutien de l'Etat lui reste indispensable.
"Nous avons besoin que les contrats et les subventions publics continuent à croître très rapidement", estime Awais Ahmed. "Le gouvernement doit soutenir le secteur et dire +nous allons prendre les risques, nous sommes le partenaire financier initial+".
L'Etat demeure le "client de base" des jeunes firmes, abonde Pawan Chandana.
"Aujourd'hui, notre modèle commercial s'appuie sur un marché qui est mondial", décline-t-il, "dès que nous bénéficions d'un important marché public, ça change complètement nos perspectives d'avenir et l'échelle à laquelle nous pouvons fonctionner".
K.Sutter--VB