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Tollé après la suspension de l'IA d'Anthropic aux Etats-Unis, une première
L'injonction du gouvernement américain à Anthropic de retirer ses modèles d'intelligence artificielle (IA) les plus puissants a suscité une vague de critiques, tant chez les partisans de la dérégulation que chez les défenseurs d'un encadrement renforcé.
Vendredi soir, la start-up de San Francisco a annoncé que le ministère américain du Commerce lui avait ordonné de suspendre Mythos 5 et Fable 5, pour raisons de "sécurité nationale", sans plus de précision.
A la différence de Mythos 5, débridé et réservé à une poignée de partenaires, Fable 5 a pourtant été lourdement harnaché pour prévenir tout détournement majeur, en particulier pour des attaques informatiques ou la conception d'armes chimiques et biologiques.
Mais selon Anthropic, une organisation, dont elle n'a pas révélé le nom, a rapporté à l'administration Trump être parvenue à contourner les garde-fous destinés à éviter que Fable 5 ne serve à une cyberattaque.
Anthropic a qualifié d'"étroite" l'ouverture trouvée par ce tiers, dont plusieurs médias ont affirmé qu'il s'agissait d'Amazon, et de "mineures" les failles logicielles qu'elle permettait d'identifier.
La directive ne visait que l'accès pour les ressortissants étrangers, mais Anthropic a indiqué ne pas pouvoir trier ses usagers et s'est dit contraint de mettre hors ligne ses modèles.
L'interdiction pure et simple par un gouvernement d'un modèle avancé d'IA créé par une entreprise de son pays est sans précédent.
La Chine bloque l'accès aux modèles occidentaux les plus performants et impose des restrictions aux grands acteurs nationaux de l'IA, mais celles-ci sont intégrées préalablement à la publication des modèles.
- Une décision "impulsive" -
"Tous ceux qui conçoivent des modèles de pointe sont maintenant à la merci du gouvernement" américain, a commenté, sur X, l'entrepreneur Martin Varsavsky.
"Dès lors, la directive ne sanctionne pas seulement Anthropic", a-t-il poursuivi. "Elle change les règles pour toute l'industrie."
"Jusqu'à hier soir (vendredi), je ne voyais ni les Etats-Unis, ni la Chine +gagner+ la course à l'IA. Je voyais un match nul", a réagi le chercheur Gary Marcus. "Je n'avais pas prévu que le gouvernement Trump pourrait déstabiliser les avancées américaines. Mais il l'a fait."
Pour certains, Anthropic est largement responsable de ce qui lui arrive, après avoir averti, depuis des années des risques associés aux modèles les plus perfectionnés.
Mercredi, son patron, Dario Amodei, a encore publié un appel à "activer l'appareil politique, lent et instable, pour qu'il traite les risques et les opportunités qui vont s'aggraver à une vitesse surprenante".
"Tout le marketing de Mythos a été basé sur la peur de la +dangereuse puissance+ des modèles d'IA les plus avancés", a estimé, sur X, David Casem, patron de la start-up IA Telnyx.
Vendredi, "le gouvernement américain les a pris au mot", a-t-il conclu.
Farouchement opposés au contrôle de l'IA jusqu'à il y a quelques semaines, à l'instar du gouvernement Trump, plusieurs soutiens du président américain ont cherché à défendre la directive.
Parmi eux le très influent investisseur Marc Andreessen ou l'ancien responsable de l'IA à la Maison Blanche, David Sacks.
Mais d'autres, comme l'ancien conseiller IA de Donald Trump, Dean Ball, les ont accusés de malhonnêteté intellectuelle, rappelant qu'ils avaient dit pis que pendre des tentatives de régulation de l'ancien président Joe Biden.
Organisation favorable à l'encadrement de l'IA, Americans for Responsible Innovation a fait valoir que de telles décisions ne devaient pas être envisagées "de manière impulsive" ou relever du "favoritisme politique".
Anthropic est en effet en conflit avec l'administration Trump, qui a rompu tous ses contrats avec l'entreprise.
Beaucoup reconnaissent que l'IA est entrée dans une nouvelle ère, qui nécessite davantage d'implication des gouvernements, mais la méthode a fortement déplu.
"Dans un gouvernement fonctionnel, on n'aurait pas pris par surprise de cette façon", a jugé Ben Murphy, de l'Institute for Progress, centre de réflexion sur les technologies émergentes.
"Ils auraient simplement demandé à Anthropic d'effectuer des tests supplémentaires et d'ajouter des contraintes avant le lancement" des modèles, a-t-il écrit sur X.
Pour Mona Sloane, professeure à l'université de Virginie, l'accélération de l'IA et la concentration de l'influence aux mains d'une poignée de géants de l'intelligence artificielle ont pris de court les gouvernements.
Dès lors, dit-elle au sujet de la suspension de modèle par les pouvoirs publics, "il est possible que nous voyions cela de nouveau".
R.Braegger--VB