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Grève SNCF: les cheminots mobilisés contre la filialisation, les quais de gare désertés
Près de la moitié des cheminots participent mercredi à la grève de 24 heures pour réclamer un moratoire contre la filialisation de la SNCF et une revalorisation des salaires, selon les chiffres de la CGT, l'un des quatre syndicats qui a lancé la mobilisation.
"Près d'un cheminot sur deux" est en grève, a estimé mercredi Thierry Nier, secrétaire général de la CGT Cheminots, premier syndicat de l'entreprise publique, lors d'un rassemblement d'une centaine de grévistes franciliens à la gare du Nord à la mi-journée.
"Il y a une implication très forte des cheminots", a-t-il dit à l'AFP, notamment dans les filiales nouvellement créées: "90% à Sud Azur", la filiale en Paca ou encore "75 à 80% à Loire Océan".
De son côté, le groupe SNCF ne communique pas de chiffres sur la mobilisation.
Dans la matinée, SNCF voyageurs avait affirmé que le trafic était conforme aux prévisions pour ce jour de grève, avec un trafic régional - les "trains du quotidien" - "fortement perturbé", et sur les grandes lignes en moyenne un TGV sur trois annulé et un train Intercités sur deux.
Les quatre principaux syndicats de l'entreprise ferroviaire, CGT-Cheminots, Unsa Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT-Cheminots, qui ont appelé à la grève, demandent un moratoire sur l'ouverture à la concurrence et des hausses de salaire face à l'inflation.
En gare de Marseille Saint-Charles, véritable laboratoire de la concurrence ferroviaire, les perturbations étaient minimes mercredi matin.
Depuis mi-2025, la gare accueille la ligne à grande vitesse Paris-Marseille de Trenitalia, mais aussi le premier service voyageurs régional privé assuré par Transdev entre Marseille et Nice.
Bernard, enseignant à la retraite, juge la grève "tout à fait justifiée": "je suis affolé par l'état du service public ferroviaire, qui n'existe pratiquement plus dans notre pays, et je comprends assez bien le mécontentement des agents de la SNCF", ajoute cet homme avant de prendre un train Transdev vers Nice. Il se dit "absolument hostile" à l'ouverture du ferroviaire à la concurrence.
A la gare Lille Flandres, Nathalie, 62 ans, explique payer depuis cinq ans "150 euros par mois, ce n'est pas rien, et le service n'est pas là, vivement la concurrence". "Tout ce qu'on demande, ce sont des trains à l'heure et propres pour les gens qui vont travailler. Je prenais déjà ce train quand j'étais étudiante, et en 30 ans j'ai vu le service se dégrader", regrette-t-elle, en attendant son train pour Valenciennes.
Gare Montparnasse à Paris, les halls sont plus vides que d'ordinaire, a constaté une journaliste de l'AFP. Les voyageurs grandes lignes ont été prévenus individuellement de l'annulation de leur train et ont changé leurs billets.
"C'est un miracle, mon TGV a été maintenu, les trains précédents ont été annulés, ceux d'après aussi", s'exclame Nicolas Gagnez, chef d'entreprise qui se rend à Vannes pour un séminaire.
Pour les usagers des trains régionaux ou de banlieue, sans réservation individuelle, la situation est plus compliquée.
Sur les applications, les transiliens supprimés ne sont pas affichés, seuls ceux qui sont maintenus y figurent.
- "Transformation interne majeure" -
Au cœur de la protestation se trouvent les créations de filiales lancées au sein du groupe pour répondre aux appels d'offres des régions destinés à déterminer qui exploitera les lignes de trains au départ de chaque métropole.
Si les élus régionaux y voient un potentiel d'amélioration de la qualité et du nombre de trains, les syndicats déplorent des gains de productivité faits sur le dos des salariés.
Au total, "27.000 salariés SNCF" sont "embarqués dans la concurrence" et potentiellement transférés dans des filiales locales de la taille d'une PME, a confirmé mardi Jean-Aimé Mougenot, directeur TER délégué chez SNCF Voyageurs, lors du salon du transport public Mobco.
Il admet qu'il s'agit d'une "transformation interne majeure", mais affirme que la SNCF fait tout pour que le transfert se passe bien.
Pour les syndicats, qui font le parallèle avec France Telecom il y a quelques années, le bouleversement dans les habitudes de travail est tel que les plus fragiles trinquent: 13 suicides ont été comptés à la SNCF depuis début 2026.
La SNCF se dit à l'écoute, mais souligne qu'aucun des salariés concernés n'était dans des entités ouvertes à la concurrence ni soumise à transformation.
U.Maertens--VB